Thibault Biscarrat, Maeslstrom. Règnes et métamorphoses
Citant de Saint-John Perse ces mots : « Et puis vinrent les neiges, les premières neiges de l’absence, sur les grands lés tissés du songe et du réel », Th. Biscarrat ne cesse d’explorer les mutations d’un monde habité. Reste à faire toujours la part du lion que Biscarrat souligne : « Les secrets abondent sur le corps de l’été. L’œuvre foudroie le néant ».
N’existe jamais, chez celui qui ne peut vivre sans écrire, l’opposition Connaissance et Jouissance, été et hiver, hier et demain, terre ou ciel. Ici, le Maelstrom n’est pas une soupe. Il part des émotions pour joindre la transcendance. Preuve qu’il ignore le néant tant « l’âme est consubstantielle à la création » est une élévation
Chaque livre de Biscarrat – et avec celui-ci plus que jamais – crée un inter-monde ou son nouveau « tissu » redistribué en morceaux de codes métaphysiques et poétiques , des modèles rythmiques, des narrations « pures » hors de leurs gonds. Son nouveau livre est donc, un pas non au-delà, mais une suite de résurrections.
La poésie touche non « au » mais « le » réel. Elle le métamorphose car ses secrets sans l’auteur resteraient cachés ou orphelins. D’où la nécessaire arrogance et la revendication de la beauté dont chaque image offre la jouissance.
Ce livre réussit un accomplissement dans une « perversion » (clin d’œil chers lectrices et lecteurs !) orphique du monde en les éléments retenus comme des défis capables d’engendrer une lecture différente de ce qui est. Ici se pénètre un devenir, déplacé, extrême jusqu’à une forme de vide imprévisible.
Se créent des connotations inattendues dont la signifiance, contrairement à la signification, ne saurait donc se réduire à la communication, à la représentation. Maelstrom propose une projection qui ignore le fantasmatique au profit de l’énigme par les effets de structures d’une pensée là où pourtant le monde se déplace, se dévie et se perd mais se retrouve.
Le texte monde devient le champ de cette redistribution énigmatique qui fait du réel un « roman ». C’est aussi un vaste chant d’amour qui se poursuit proche de la nature et du «Ciel». Le Verbe d’encre y tournoie sans fin et la mélodie scintillante de Biscarrat l’incarne .
jean-paul gavard-perret
Thibault Biscarrat, Maeslstrom, règnes et métamorphoses, Ars Poetica, mai 2024, 88 p. – 18,00 €.
