Jean-Claude Bélégou, Portrait d’Apolline

Jean-Claude Bélégou, Portrait d’Apolline

Histoire d’eau

Ce film mélange un roman, une autobiographie partielle voire cachée dans ce qui tient d’un acte d’amour intime. Mais c’est avant tout une histoire d’eau qui attire les deux protagonistes-amants.
L’homme écrit, de longues lettres (lentes à parvenir pour cause d’éloignement du couple. La femme attend ces lettres, les lit et relit souvent, parfois, à haute voix dans ce film. Les deux se sont toujours beaucoup écrit. Elle non car elle ignore comment atteindre celui qui ne revient jamais.

Ce portrait cinématographique de Pénélope et Ulysse est axé sur la quotidien en suite de séquences scénarisées avec de larges marges d’improvisation, précise Bélégou. Mais c’est aussi un tête-à-tête passionnné avec la comédienne, Chloé Lindau. L’artiste la filme et sa présence est parfois en voix off dans ce dialogue avec la comédienne et les lettres reçues. « Elles sont reprises de ma correspondance lors de mon séjour de création dans le Grand Nord en 1992 » indique Bélégou.

La dérive de L’amant d’Apolline a démarré pour que celui-ci se perde « au nord du nord ». Les deux séparés sont complices et inséparables. Avant de partir, l’homme a fêté le trentième anniversaire d’Apolline. Depuis, elle se retrouve seule dans une grande bâtisse confiée par le voyageur ailé. Elle s’acquitte du quotidien, endormie, éveillée, rêveuse pour se remémorer leurs moments jadis partagés.

Néanmoins, l’eau, demeure « comme un miroir, et un lieu de noyade aussi. Elle y noie ses angoisses ». Existe quelque chose de la mort en son attirance. Reste à savoir si le « héros » reviendra. D’où le lyrisme de telles images sans jamais d’emphases superfétatoires.
Nous assistons à une célébration du côté du mythe, de l’hymne de l’eau originelle mais où le néant fascine. Mais sur son bord, il est devenu paroles. Les amants séparés attendent un retour pour que s’accomplisse un mystère composé face au réel de visions nocturnes. Chaque spectateur écoute pendant ce film des phrases. Il traverse le temps dramatique et agrandit en lui-même et comme chez les protagonistes (l’un absent, l’autre pas) la sensation d’existence.

jean-paul gavard-perret

Jean-Claude Bélégou, Portrait d’Apolline, film (1h 30), 2024, voir le site de l’artiste.

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