Jean-Claude Bélégou, Portrait d’Aurane

Jean-Claude Bélégou, Portrait d’Aurane

Second volet du triptyque des portraits à la suite de celui d’Apolline nocturne et hivernal, tragique, celui-ci est printanier lumineux, diurne, « comédie de la vie. Là où le précédent était bâti sur une fiction externe celui-ci pourrait être qualifié de « documenteur » ainsi que disait Agnès Varda de l’un de ses courts métrages », précise Jean-Claude Bélégou. Son nouveau film devient un « chant » embarqué près d’un possible voyage à l’approche des limites. De l’héroïne, son énigme a jailli mais vient avec sa lumière même si, par ses « signes », nous perdons notre langue en ses plis étrangers.

Aurane est interprétée par Noémie Sarcey. La comédienne, elle, répète, joue, déclame des extraits de la première partie de la Confession du siècle d’Alfred de Musset. Musset s’y affirme le poète lucide du désenchantement. Elle chante une chanson de Mai, elle danse… Elle vit au quotidien par bribes et fragments, plans-séquence, larges part d’improvisation dans les mises en scène.
Les lumières du jour – non sans obscurités – sont dominantes au milieu de textes voix off improvisées et enregistrées par la comédienne elle-même. La rencontre semble réelle même si le regardeur semble au loin, dans les endroits les plus inattendus. Mais cette femme devient graine qui pourrait fleurir, s’ouvrir, répandre son parfum, se laisser caresser, goûter, regarder sous tous les angles . Voire être saisie tout entière et comprise là où elle en partie a été égarée.

Bélégou articule le lien entre cinéma et photographie. Et il souligne son objectif avec ce passage de «Marelle » de Juilio Cortazar : « La vie des autres, telle qu’elle nous apparaît dans ce qu’on appelle la réalité, n’est pas du cinéma mais de la photographie, c’est-à-dire que nous ne pouvons appréhender l’action que fragmentairement, par recoupements éléatiques. ». Ici, ils se développent, se meuvent et meurent dans leur perfection puisque la création n’est plus la providence.

Et avec Aurane nous passons avec une héroïne qui nous parle d’elle, raconte ce qui lui est arrivé voire prévoit devant nous ce qu’elle a l’intention de faire mais selon une sorte de cut-up visuel, sons impressionnistes… Voix entremêlées, superposées, comme les conversations dont on surprend des parcelles ou des miettes dans l’autobus, ou les confidences qu’échangent ses voisins à un repas de noces…
L’attention se portant tantôt à l’un tantôt à l’autre là où ils sont sans doute, et comme Aurane, ni tout à fait heureux ni tout à fait tranquille, car à tout moment cette femme inconnue remue, au besoin vacille, chancelle en toute beauté jusqu’à ce que, malgré ses affres, elle rende son intérieur adorable. Nous voyons le personnage d’une façon et Bélégou d’une autre. ll lui prête une telle intention, nous une autre. Et quand vient le temps de la réalisation puis des visionnages, chacun effectue une sélection fondée sur des principes personnels.

jean-paul gavard-perret

Jean-Claude Bélégou, Portrait d’Aurane, Long métrage 70 minutes, 2025 ; voir le site de l’artiste.

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