Sarah Masson, Désexister

Sarah Masson, Désexister

Même si, contrairement à Cioran qui devait reconnaître : « bien qu’ayant juré de ne jamais péché contre la sainte concision, Sarah Masson n’est pas la complice des mots en cascades, elle a trouvé ainsi et dans Désexister le lieu juste entre le qui je suis et le « si je suis » cher à Beckett. A sa manière, elle lui emboîte le pas tout en essayant de« faire bonne figure » (dit-elle) et que mieux, que mal.
Pour elle, il ne s’agit pas d’aller jusqu’au bout pour boucler la boucle mais elle décrit une chute ou un glissement progressif dans et hors du temps.

Sans porter la poésie à une sorte de supplice, Sarah Masson fait parcourir un trajet jusqu’à la dernière « grande fête mycétique » où écrire reste état magique et majeur de la conscience face à la lassitude d’être ou n’être pas. Comme Emily Dickinson, nous trouvons ici la vraie poésie : dans la maison de l’être saisie d’un froid et où rien ne peut plus la réchauffer. Existe paradoxalement un imaginaire de la disparition ou de l’effacement.

Est suggéré ici un fondu dans la lumière du soir en ce qui ressemble à une épreuve de solitude – même au sein de la foule. Reste là une épreuve du manque mais sans tarir tout discours pour que soit gravé notre propre lot.
La seule grandeur est alors celle de l’insomnie, ses soubresauts même là où ce n’est pas le finir qui est impossible. Demeure en une telle « désexistence » la seule possession des absorbés par ce on ne sait quoi. Cela constitue donc la dernière chute hors du temps. Toutefois, l’horizon n’est pas bouché, là où chacun peut tomber encore. Et paradoxalement, tout espoir n’est pas perdu. Reste à savoir lequel en une sorte de suspens du sinistre voire son extase embryonnaire.

Sarah Masson, Désexister, Les Carmets du Dessert de Lune, 2025, 64 p. – 15,00 €.

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