Valérie Mangin, Denis Bajram & Stéphane Perger, Tanis – t.02 : « Le Démon de la mer morte »
Avant que les hommes ne chassent les géants et les dieux
Il y a 12 000 ans, alors que l’Égypte n’est pas encore née, le feu céleste s’est abattu sur les tombeaux d’Atlantis. Tanis, la jeune héroïne au cœur de l’intrigue est désormais livrée à elle-même. L’Ancien est mort, Sépi et Samudrasen ont péri sous le châtiment divin. Une poignée d’esclaves a survécu. De nouveaux assaillants les capturent et les emmènent pour travailler dans les mines. Tanis est totalement abattue et ne souhaite que mourir. Or, Ashéra, une femme qui voulait la voir mourir pour se venger, décide de la protéger pour qu’elle souffre longtemps.
Commence alors une longue marche dans les déserts vers une terre inconnue où règnent des dieux endormis…
Dès les premières pages, la tragédie frappe. Les tombeaux d’Atlantis sont réduits en cendres, Osiris est mort, son royaume est détruit. Les compagnons de Tanis meurent et elle se retrouve prisonnière. Le cycle est cruel. La liberté est arrachée, puis reprise, comme si les dieux s’amusaient à briser les hommes.
Les auteurs font de Tanis une héroïne différente. Elle n’est pas une guerrière invincible, mais une jeune femme confrontée à la perte, au désespoir et à l’esclavage. Sa fragilité la rend profondément humaine. Elle devient à la fois une protégée de cette mystérieuse femme, porteuse d’une ferme volonté de résister et une future victime de celle-ci.
De nombreux mythes structurent le récit. C’est Atlantis, la cité engloutie par le feu céleste. Des références aux châtiments mythologiques tels que le déluge, la foudre, des monstres marins donnent au récit une dimension dramatique. Il en est de même de ce démon de la mer morte, figure terrifiante.
La trame repose sur un cycle de destruction et de renaissance, où la liberté est sans cesse menacée, et où la survie devient un acte de résistance.
Stéphane Perger livre un travail visuel spectaculaire. Les couleurs puissantes et contrastées traduisent la fureur divine, les ténèbres marines, oppressent. Il installe des ambiances sombres et intenses, renforçant l’efficacité du récit. Il montre subtilement les regards, les silences, les ombres avec des cadrages larges et des détails minutieux.
Un dossier complète l’album en présentant les différents lieux servant de décors, des références servant à structurer l’intrigue autour des dieux Baal.
Avec Tanis les auteurs signet une tragédie mythologique et humaine où se retrouvent la grandeur des mythes antiques, la fragilité des héros modernes, le tout servi par un graphisme puissant.
serge perraud
Valérie Mangin & Denis Bajram (scénario), Stéphane Perger (dessin et couleurs), Tanis – t.02 : Le Démon de la mer morte, Dupuis, coll. Grand Public, octobre 2025, 64 p. – 17,50 €.