Sandra Moussempès, Sauvons l’ennemie
Ne meurs pas où je te tu(e)
L’ensemble des poèmes de Sauvons l’ennemie est une sotie. L’humour règne en une telle poétique – sans oublier une forme énigmatique de mysticisme agnostique impalpable et l’autre – plus palpable – de l’érotisme.
Tout est double, ambigu en une telle fabulation là où la page de couverture ouvre un piège. Trois pleureuses victoriennes sous le casque de leurs coiffures frisent une sorte d’escroquerie lyrique, quitte à mêler leur époque aux temps d’Hollywood du grand cinéma et de sa mise en boîtes circulaires de fer.
En conséquence, ce livre cerne vérité et mensonges dans des situations que l’auteure définit comme « happenings », là où tout est possible dans des bains de piscine de jouvence où chaque abbé sourit. D’autant que, pour Sandra Moussempès, l’ennemie (sauvable) « est anti-inflammable / contre le feu en soi ». Il est donc à l’intérieur d’elle-même et ne peut que s’éteindre – sauf si, le tuant, l’auteure se tue elle-même. Et c’est presque un quasi suicide.
Il convient donc de le protéger. Et ici, son évocation devient une pratique. Par son écriture, l’auteure transforme sa présumée honnie en Fantômette ou gri-gri. Elle serre sa haire et sa discipline pour élargir, par les mots de sa tribu, un univers en abîme. Ce qui lui permet – en bonus – de présenter l’objet du livre « en western gothique pour mauvaises filles ».
Qu’on se rassure, Sandra Moussempès n’en n’est pas. Bien au contraire, elle devient magicienne voire rimbaldienne du monde où elle sévit mais histoire de mixer la confusion entre intérieur et extériorité. Et dans ce cas, il faut sauver le soldat ennemi moins opposé que semblable et frère. Et voici la poète avec et pour seule guise d’uniforme une telle noire sœur. Et en avant, doute !
jean-paul gavard-perret
Sandra Moussempès, Sauvons l’ennemie, Flammarion, mars 2025, 196 p. – 19,00 €.