Christian Bobin, Un livre inutile
Satrape en chausses
Pour Bobin, un livre « inutile (…) ? ne parle que des livres ». Et, ajoute-t-il, « comme celui-ci », qui est en forme de boite à musique ou parce que, et comme l’écrit Beckett, la littérature est « berceuse que berceuse ». Le tout non sans gaieté mais mélancolie reconnaissable des années après.
A ce titre et ici, l’antipathique Claudel devient le « petit Paul », et Ramuz tisse des instants de grâce. Beckett écrit pour les cœurs isolés, Ponge écoute les cageots. Quant à Apollinaire et Kafka, ils font de la poésie une essence subtile pour heurter la vérité silencieuse. Bref, Bobin et ses écrivains sont autant essentiels qu’inutiles.
Mais c’est une manière de continuer à s’intéresser aux mammifères humains après s’être penché sur leurs soupirs. Mince en apparence, ce livre devient passionnant. Il ouvre les miroirs tournés en ridicule – leur cérébralité aussi. Les formes giclent de manière apparemment irrationnelle pour prendre jusqu’à notre inconscient au dépourvu. Ainsi, un tel « inutile » propose des figures de sable sous forme de roc, et des rocs sous forme de stuc.
jean-paul gavard-perret
Christian Bobin, Un livre inutile, Fata Morgana, Fontfroide le haut, 2025 (réédition), 72 p. – 17,00 €.