Richard Meier, L’Invraissemblable

Richard Meier, L’Invraissemblable

OK CHAOS

Avec Meier, sacripant quasi sacré, ici le langage sort de ses formes et de ses gonds : le créateur devient filtre, pressoir, passoire : et même ce qui reste des vocables est repoussé et dissolu de gré de mains et de forces afin que notre caveau-bulaire mais aussi notre existant coulisse et se dissolve parfois en vaguelettes ou échos douteux où reste à peine juste un bouquet de tiges pendu sur des page nues.

L’auteur les tourne pour secouer la pulpe et le squelette des mots. Et en poète, il obtient un résultat glissando, balbu-scié, et dépassant leur borne. Le tout en écrivant mal mais chorégraphiant en artiste pour mieux dire. Ici, le réel et l’ego dont l’écriture est habituellement le miroir sont en diverses typologies en pattes de mouches non sans chromatismes – parfois sanglants pour éliminer le « beau » ou « bon » phrasé infini des liturgies et litanies à thé et madeleines.

Meier écrit, graphe, peint, pour construire un temps et une vie. Grâce à ce livre, sous le regard et devant, les mots coulissent. C’est un chemin hasardeux, là où, au fond, le ciel peut attendre pour les prendre comme une proie. Mais, in petto, l’auteur les aime tout en ponçant leurs jambes-âges histoire de rigoler un peu et nous assurer que, identiques aux mots de la tribu, nous sommes les sauvages qui se transforment et à coup sûr disparaissent.

jean-paul gavard-perret

Richard Meier, L’Invraissemblable, Richard Meier, Editions Voix, Elne, 2024, non paginé.

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