Région humaine
Ne cherche pas à corriger le temps. Un soir, il perdra ta présence sans même y prendre garde. Il a d’autres chats à fouetter et son vent ouvre au jour comme à la nuit. Bref, il va et déferle vers le large qui enchaîne comme à la fin du Dead Man de Jim Jarmusch, loin de ce pays neigeux dont nous avions appris la langue autour d’un poêle dont la chaleur chuchotait à nos mains et pour que nous apprenions un peu des hommes qui nous ressemblent même dans les plus lointains passés.
Nous avons ainsi connu ce qu’ils pensaient jusque parfois à nous toucher en laissant aussi tout ce vide où ils n’ont plus de place sinon dans un tiroir, sur une étagère, au fond d’une poche ou d’un sac. Comme eux, nous n’avons que peu d’ici. C’est comme si nous avons perdu quelque chose au large. Mais Où ? Mais Quoi ?
La vie commence dans son ignorance et c’est là le premier instant de grâce. Et peut-être le seul. D’où le penchant des hommes pour l’illusion. Il faut du temps pour comprendre que ce temps premier détermine l’existence.
Débute alors le commencement : il contient la succession des jours. Sans savoir lequel mais c’est la région humaine. Rien pour l’arpenter sinon ce qui reste ici. Commençons. Les femmes y sont premières et les hommes des garçons de café se prenant pour maréchaux chefs des logis.
jean-paul gavard-perret
Photo de Antonio Diaz

One thought on “Région humaine”
Notre horloge , notre temps poésie .