Raphaële George, Double intérieur & L’Absence réelle
Parlant d’elle-même, l’auteure écrivait : « Il faut t’inventer puisque jamais aucune réponse ne vient. Ai-je seulement vu ton visage ? Je crois me souvenir que tu serais blonde et douce et belle avec des longs cheveux qui sonnent faux au soleil ». A cela, nulle pause : juste l’épreuve de la fatigue, de la maladie et de la mort qui allait l‘emporter en 1985 non sans avoir exploré une profondeur existentielle et son vide sur lequel elle débouche. Le tout laissant l’intériorité à l’état de fantôme : « présence des miroirs comme seule traversée possible qui mène au lieu indiscernable de la vraie scène ». Mais, avant cette finalité, il fallait à l’auteure « lyncher jusqu’aux dernières images et ne pas laisser une seule bougie pour les anniversaires » en jetant des mots même s’ils semblaient ne pas vouloir regarder celle qui les écrivait et qui était contrainte de revenir à son opacité et à la douleur du corps.
Raphaële George (de son vrai nom Ghislaine Amon) fut peintre et écrivain. Son premier livre, Le petit vélo beige, sort en 1977, suivent des publications en revues (sous son nom ou sous le pseudonyme de Laure Slausky). Elle a fondé avec Jean-Louis Giovannoni Les Cahiers du double. Malgré son affaiblissement dû aux traitements, elle trouve la force de peindre et d’écrire un dernier livre : Psaume de silence – livre composé à partir d’extraits de Suaires, manuscrit commencé dans les années 1977-78 et réécrit sans cesse.
C’est en 1984, pendant l’écriture de Nuits échangées qu’elle décide de changer de nom. « Je change de nom pour renaître Raphaële George. Tout est à refaire entièrement – je dois aller jusqu’à changer d’équilibre. Je ne veux être pour personne. Seulement me cultiver dans un silence relatif, puisque tous ceux que je suis déjà et malgré moi, me regardent encore. » Manière aussi de se dédoubler en réunissant deux ombres en elle.
Pour la créatrice, la maladie fut l’épreuve où elle « tenta d’animer au-dehors la passivité intérieure, l’organique devant quoi toujours nous sommes aveugles ». Et l’artiste d’ajouter : « Entre les yeux et le regard s’inscrit un fossé d’une nuit sans fond ; ainsi ma blessure me fit naître à mon regard et les mots découvrirent sous mes yeux la maladie du silence ». La créatrice n’avait pas besoin de cela mais fut saisie à la fleur de l’âge et à l’aube d’une œuvre qui était tout sauf confortable et rassurante.
Ce qui en demeure permet de faire toucher l’intime en tant que paysage gelé sur lequel rien ne pousse.
jean-paul gavard-perret
Raphaële George, « Double intérieur » précédé de « L’Absence réelle », préface de Jean-Louis Giovannoni, collection Terre de poésie, Éditions Lettres Vives, Lettres vives, 2014

One thought on “Raphaële George, Double intérieur & L’Absence réelle ”
Monsieur,
je tenais à vous remercier pour votre article sur » Double intérieur » de Raphaële George. Vos mots me touchent beaucoup.
Avec toute mon amitié
Jean-Louis Giovannoni