Quentin sur le quai
Porté par l’amour de la musique, portrait d’un adolescent en plein questionnement
Dans le train qui l’emmène de Besançon à Paris, Quentin s’aperçoit qu’il a oublié sa partition, un morceau de Scarlatti qu’il va présenter au piano pour l’entrée au Conservatoire de Paris. Au moment de l’audition, il devra s’en passer mais jusque-là Quentin a besoin de l’avoir sous les yeux pour revoir encore et encore les notes de musique. Pris de panique l’adolescent songe à abandonner la compétition. Brusquement, aujourd’hui, il ne savait plus d’où venait cette décision, ni qui l’avait prise à sa place. Car on l’avait bien prise à sa place, cette décision ! Et lui qui s’était laissé faire lâchement…
Alors qu’il arpente nerveusement le couloir du TGV, il croise son professeur de français qui se rend également dans la capitale pour présenter une conférence sur Michel Butor. Ce dernier, conscient du désarroi du jeune homme, lui propose de faire acheter une autre partition par un de ses amis.
Dès le début de ce bref roman fort bien construit, on comprend que cet acte manqué cache d’autres problèmes. Durant deux jours et une nuit Quentin va devoir se prendre en charge et assumer une solitude qu’il n’a pas désirée. Autour de lui gravitent des personnages auxquels il se heurte, qu’il rejette tout d’abord avant de s’apercevoir qu’il a besoin des autres pour avancer. Sa mère, femme épuisée qui passe plus de temps avec une parente acariâtre qu’avec son propre fils, le professeur de français qui vit une rupture douloureuse, une jeune fille de son âge qui s’occupe de son petit frère de façon très (trop ?) maternelle. Le quatrième personnage, c’est la musique, objet d’amour et de rejet, expression des émois et des doutes qui habitent Quentin. Le piano à queue du conservatoire est comme une montagne à gravir tandis que le vieux piano de la grand-mère chez qui Quentin passe la nuit semble être un animal qu’on apprivoise.
Le piano désaccordé, grêle et profond à la fois, avec des aigus acides et des basses timides, donnait à la sonate un accent intime, presque confidentiel. C’était une musique du matin, une musique des commencements.
D’une écriture élégante et juste, Françoise Grard esquisse le portrait sensible d’un adolescent apeuré qui s’ouvre aux autres, construit son autonomie et choisit sa route.
patricia chatel
Françoise Grard, Quentin sur le quai, Actes sud junior (coll. « Romans Ado »), octobre 2008 – 92 p., 9 €.
A partir de 13 ans.