Prune de six terres
On aurait dit un homme tranquille qui brûlait, les mains croisées, les yeux fermés. Elle était devenue orange quand je l’avais prise dans mes mains. Elle était si petite qu’elle ressemblait à un grosse prune de Cythère.
J’avais attendu toute la journée pour la manger : le dîner, le goûter, le déjeuner, le tout-petit-déjeuner. Enfin, on était la nuit et j’allais pouvoir la goûter. Elle avait voyagé mais avait fait aussi le tour de ma journée. Je n’osais pas l’éplucher, elle était si belle et je n’osais pas la croquer car j’étais encore adolescent.
Mais je l’ai quasiment gobée et elle resta coincée dans ma gorge. Aujourd’hui encore on croit que c’est ma pomme d’Adam, alors que c’est elle bien au chaud en attendant l’hiver avec un peu de paresse, sa queue comme un mât tendu vers le ciel. Seulement rassasiée par un peu d’eau de vie.
jean-paul gavard-perret
photo : Florence Deba