Pont à moussons
La nuit, je lève la tête pour voir encore des étoiles. Celle-là tourne mal mais cette foi reste ma dernière raison. Elle ne fréquente pas mon quartier, prend le bus ou le T.E .R. avec ou sans infuser Dieu en quelque succursale de la divinité. Eglises et mosquées et synagogues surplombent zones résidentielles ou périphériques (moins vertes que la Suisse) et proches des parkings devant d’énormes panneaux publicitaires.
Une bombe en bikini exalte la liberté sur fond exotique. J’y porterais Ray-ban et bermudas au bord de la piscine d’un luxueux paquebot de croisière et en opérant des avances à une naïade pour caresser l’espoir d’une sieste coquine avant de la promener sur le pont pour scruter l’horizon. Elle ruminerait ses peines – sans en perdre la moindre goutte ni ses mains effilées. Elle rêverait au grand amour. Tout cela aurait un sens, mais lequel ?
Les dieux ayant joué aux dés, les nôtres seraient pipés à force d’avoir planté des rosiers toute ma vie sans me poser de questions ni respirer leur parfum. Bénissant nos élans les plus intimes mais nous resterions étrangers au-dessus de la proue. Elle tranche la mer comme un coup de couteau dans le ventre. Papillons aux ailes déchiquetées, nous compterions nos échecs et nos rogatons. L’une ne serait pas artiste – quel vilain mot ! – ni l’autre poète – quelle ambition ! Mais qui demanderait l’émotion algébrique renforcée de toute irruption intempestive ?
jean-paul gavard-perret
photo : Gregory Bojorquez
