Pierre Dainaut & Mathieu Hilfiger, De jour comme de nuit

Pierre Dainaut & Mathieu Hilfiger, De jour comme de nuit

Eloge de l’Ombre

Pour inaugurer sa nouvelle maison d’édition, Mathieu Hilfiger propose à un autre poète – Pierre Dainaut – un dialogue sur le thème de la nuit. A chacun des deux sa neige noire, ses références non seulement intimes mais philosophiques. Paradoxalement, la nuit sort de l’ombre et des ténèbres du temps : car si tout s’y estompe tout s’y éclaire aussi. Sous son manteau, la réflexion ne conçoit plus de terme. Elle met ainsi fin au renoncement et rappelle qu’en sortant de « la nuit sexuelle » dont parle Quignard, ses beaux draps font glisser vers d’autres lieux. Car si la nuit souligne un écart et une chute, surgit un autre jour par l’évidemment qu’elle produit et qui devient soudain la seule évidence. Restent en nos pas anonymes dans son presque désert ce qu’on ne peut nommer que du nom d’étendue.

Les deux poètes rappellent qu’il faut y enfoncer nos racines. Car dans l’opacité coissent les valeurs humaines pénétrant l’être pour le délier doucement des aspérités du réel. Si chaque nuit provoque un nécessaire effacement, elle met soudain un sceau aérien dans tout ce qui appesantit et vient brouiller le seuil entre l’imaginaire et la réalité. Au delà des géométries du monde surgissent aussi l’inflexion des voix chères qui se sont tues et la résonance de nos pas sur le plancher. Qu’importe si les toits disparaissent et que ceux églises ne  signalent plus par leur tremblement sonore qu’un presque silence. C’est celui-ci qu’Hilfiger et Dainaut ouvrent chacun à leur façon.

jean-paul gavard-perret

Pierre Dainaut, Mathieu Hilfiger, De jour comme de nuit, Editions Le Bateau Fantôme, Saint Ouen, 2014.

Laisser un commentaire