Ben, La théorie de l’ego

Ben, La théorie de l’ego

Ben : l’ ego et moi

Même si l’ Internet est rentré dans la peau de Ben en « une forme d’air et d’eau », l’artiste poursuit ses iconoclasties. Sans lui et sans César il faut reconnaître que l’art hexagonal serait bien crapoteux. Celui qui recule le plus longtemps possible le temps où les asticots auront raison de son corps (on peut si peu pour lui) s’énerve de tout ou plutôt s’amuse. Son humour est souvent mal compris mais il s’en moque d’autant qu’il sait que même la « liberté d’expression, c’est du mou » (surtout dans sa version télévisuelle). Quoique bavard, à l’inverse de Garouste, il ne sait pas parler à la télévision. Il a pourtant bien des choses à dire. Ces tableaux – heureusement – parlent pour lui.

L’artiste a compris que désormais les  marchands d’art sont tous en Extrême-Orient où ils « essayent de trouver des clients riches Chinois, Indiens, Suisses ». Il sait aussi (et depuis toujours) que la « culture sert à gonfler des baudruches ». Il explique comment ça marche : « Parler de x c’est gonfler la sienne». Quand elle est  bien ronde, on la vend et – dommage ou avantage collatéral – « ça sert parfois à faire oublier les expéditions néo-colonialistes en Afrique ».
Le cofondateur de Fluxus sait que pour  faire rire il faut être méchant ; or à son corps défendant Ben ne l’est pas. Il regrette simplement que lorsqu’on parle de Marseille on définisse la ville comme arabe, berbère mais jamais occitane. Ben se veut Occitan. Il l’est. Car son « pays » est plein de « ces petites choses même les rigolotes finiront par faire une meule de foin qui roulera,  grossira et prendra de la force ». D’où l’importance de l’œuvre du Niçois. Il est la mouche du coche comme l’a appelé un critique, mais Ben d’ajouter : «  il n’a pas osé me dire mouche à merde ». L’artiste aime la dérision mais celle qui fait sens et fait la pige à « l’avant garde design sous Armleder réchauffée ». Il préfère la poésie. Récemment, il mit par exemple  comme poème sur une toile : « tu es poussière et retourneras poussière ». Il y ajouta un aspirateur. Cela suffit. Mais on a enlevé l’aspirateur…

Il faut aimer le côté singulier et un peu fou de l’artiste. Qu’importe si on lui donne, dit-il,  « 0/10 pour la peinture, et 8/10 pour l’énergie ». Mais on se trompe. Ben n’est pas qu’un calligraphe, un peintre en lettres. Certes il n’ a pas souffert comme Pollock ou Rothko, pour autant il n’est en rien inconsistant. Au contraire. Ben se dit Alzheimer par moments mais la mémoire lui revient pour sortir des tiroirs de temps une jeune fille de 18 ans. « Elle était très belle ? cheveux châtains sur le Mont Chauve elle m’a dit  »tu veux voir mes seins ? » et elle a soulevé son pull »  Que demander de plus ? Peu de poète et d’artiste savent comme lui retenir l’essentiel et montrer que le seul dénominateur commun à la vie comme à la survie de l’espèce reste l’ego. Il ne désespère pas toutefois  de l’autodétruire en lui. Charité bien ordonnée commence par soi-même. C’est encore une affaire d’ego !

jean-paul gavard-perret

Ben, La théorie de l’ego, Galerie Daniel Templon, du 1er mars au 9 avril 2014.
Ben,  La théorie de l’ego, textes, Editions Favre, Lausanne, 2014.

 

 

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