Philippe Jaffeux, Nouveaux courants
D’une certaine manière, Philippe Jaffeux met ici les bouchées doubles et les petits plats dans les grands. Bon gré mal gré car rien n’est acquis. Et les activités spéculatives sont multiples. Citons par exemple s’oublier dans ses souvenirs mais aussi dans sa mémoire – ce qui ne veut pas dire que cela manque de pain. Ni de peine.
D’autant qu’il y a pléthore de méditations : réciter une fable, purifier son corps selon divers expédients, comprendre son corps à travers des rêves, ouvrir la bouche pour manger ses paroles ne sont après tout que des prolégomènes dont la nomenclature évoquée ici reste aride ou plutôt la portion congrue d’un festin cosmique.
Il est riche en végétations métaphysiques et physiques là où Jaffeux nous tend des pièges ça et là. Affirmer que « les mots authentifient notre condition d’analphabète tant qu’ils ne sont pas écrits » demeure un réveil pour endormir notre conscience (ou l’inverse). Et l’auteur garde le malin plaisir et l’intelligence de dédoubler à la fois des opinions familières des mots qui concrétisent notre crédulité et son contraire.
Si bien que Nouveaux courants devient celui de crues où se dissolvent bien (ou trop ?) des explications possibles. Et un tel livre se transforme en un spectacle des mots (et de leur sens ce qui n’est pas anodin – tant s’en faut.). De plus, l’auteur ne cabotine pas : il poursuit sa quête dont les pages sont très géométriques. Cela devient une affaire et un esprit pour lutter contre le chaos dans ce qui représente les tables de lois de l’auteur. Elles sont d’ordre d’une chair et d’une chaire d’un quasi prédicateur.
Malgré ou plutôt à cause de la multiplicité des ces instances phrastiques verbales (26 par page et multipliées par 70), nous pouvons accepter l’opus comme un bréviaire. Les deux Testaments de jadis suivent désormais de tels « courants », leurs asymptotes pour apprendre distance et proximité de ce qui fait des apparences des matérialisations parfois mentales mais où l’animal que nous sommes découvre son instinct afin de nous rendre moins bête que Dieu.
D’où le renouveau par Jaffeux d’une littérature chimique et alchimique. Certes, nos corps vieillis s’enracinent dans des affirmations mystiques qui deviennent des plantes premières. Mais nous finirons en mangeant sous terre leurs rhizomes. Après tout, c’est mathématique.
jean-paul gavard-perret
Philippe Jaffeux, Nouveaux courants, Editions Les Météores, 2025, 72 p.- 10,00 €.

One thought on “Philippe Jaffeux, Nouveaux courants”
JPGP , très en verve , offre un tumultueux article en miroir absolu du sieur Jaffeux lui même en feu .