Olivier Merle, La Chambre des ombres

Olivier Merle, La Chambre des ombres

Quand la manipulation mentale tourne au cauchemar

Le romancier appuie son histoire sur un programme qui a réellement été mis en œuvre par la CIA de 1953 à 1974 quand, rendu public il a déclenché un énorme scandale. Les Américains connaissaient les lavages de cerveaux pratiqués en URSS et en Chine. Ils ont voulu contrôler et manipuler l’esprit humain à leur tour. Des expériences ont été pratiqués avec des interrogatoires sous médicaments, des hallucinogènes, l’isolement total et les privations sensorielles, des messages répétitifs, des électrochocs, le sommeil artificiel et, bien sûr, l’usage de drogues pour affaiblir le mental du sujet. Les pires expériences furent menées par le Dr Cameron, un psychiatre.

Svetlana est hypermnésique. Depuis toute petite, elle enregistre tout. C’est ainsi qu’elle revoit la mort de son père assassiné lors d’une manifestation contre la politique de Eltsine en 1993. Son grand-père, journaliste, est menacé par un poutine qui monte les échelons du pouvoir. En 2004, il décide de partir pour Paris avec sa fille et sa petite-fille, âgée de seize ans.
En novembre 2022, Svetlana est journaliste. Elle lutte contre le stress que lui amène sa pathologie avec de la vodka, du sport extrême et la lecture de façon boulimique. Après quelques verres, elle rentre chez elle mais s’arrête pour bavarder quelques minutes avec Marcel, le SDF qui est installé dans sa rue. Elle est intriguée par la silhouette d’un homme qui se tient immobile non loin de là.
Au matin, le capitaine Becquedot et le lieutenant Piquemal sont devant le cadavre de Marcel. Il a été tué à coups de barre de fer, semble-t-il. Svetlana se rendant à son travail voit la scène et donne quelques indications aux policiers qui restent sceptiques face à son témoignage tant il est surprenant. Elle refuse de se rendre au commissariat pour déposer car elle a du travail. Le capitaine décide d’aller, en soirée, la voir chez elle. C’est en repartant qu’il entend les hurlements d’un chien. Voulant savoir, il surprend un homme en train d’achever la bête près de son maître assassiné. Arrêté, l’homme a un comportement très déroutant.
Svetlana face ces meurtres singuliers, estimant que la police n’est pas assez réactive, décide d’enquêter et va se trouver entraînée dans une aventure terrible et cauchemardesque…

Avec Svetlana, l’auteur construit une héroïne anticonformiste et intrépide. Elle a été très marquée par les événements vécus pendant son enfance, son adolescence et la moindre tentative d’étouffer la vérité, ou de ne pas la faire naître, la met en colère. Elle se bat pour démasquer les dissimulations, les contrevérités, les désinformations… C’est ce couple de protagonistes qui vont faire vivre le récit. Il est composé de Svetlana et du capitaine Becquedot, un homme taciturne mais tenace, cachant ses émotions. On sait peu de choses sur sa vie personnelle. Leurs rapports sont tendus, humoristiques aussi avec la tension qui émane de leurs échanges, de leurs réflexions acerbes ou moqueuses.
Dans l’intrigue, Olivier Merle fait état de la Chambre d’Orfield, inventée par l’ingénieur Steven Orfield. C’est une pièce anéchoïde, une chambre sans écho où l’individu n’entend plus que les bruits de son organisme. Au-delà de quinze minutes l’expérience peut mener à la folie. Elle a cependant une utilité pour des expériences autres qu’humaines comme, par exemple, avec des bruits de moteurs, d’écrans LED…

Olivier Merle installe une atmosphère suffocante, glacée, et soulève avec ce thriller des questions de fond sur les manipulations mentales, les fragilités psychiques de l’être humain et des mécanismes de la folie. Ce livre se lit avec passion tant l’intrigue est tonique et les personnages parfaitement conçus, chacun dans leur rôle.

serge perraud

Olivier Merle, La Chambre des ombres, XO Éditions, octobre 2024, 416 p. – 21,90 €.

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