Noa Y. Lion, Alea ejacula est
Les nouveaux Bouvard et Pécuchet
Dans ce troisième volume de deux détectives (Dougheurl et Duboï), spécialisés dans les enquêtes mêlant sexologie, psychologie, pornographie, leur vie n’est pas drôle tant ils mènent de louables aventures à la fois loufoques, sexuelles, morales et baroques.
Leur rôle de sex machines et détectives n’est pas toujours rose au sein de leurs ballets car au besoin ils pactisent et pratiquent de plus ou moins menues bassesses pour que leur clientèle soit satisfaite. Mais d’autant qu’ils tentent de démêler des questions aiguës : celles du consentement, du contentement, de l’échangisme. Et ce, même parfois en pratiquant la conversation comme non commodité de la conversation mais continuation de la vie sexuelle, ne serait-ce qu’en théorisant sur deux statuts adjacent: « éjaculoteur » et/ou « éjalocuteur » par forcément pinailleurs… (enfin presque).
Mais ils vont plus à bout et doivent conseiller celui qui déclare : « J’ai le chic, pauvre de moi, les perverses et les pervers, c’est le quotidien de ma vie sexuelle si on peut appeler vie sexuelle une vie sexuelle où le sexe est réduit à sa portion congrue quand ce n’est pas incongrue. ». De tels interlocuteurs
ne leur facilitent pas la vie. Au fil du temps, ils arrivent jusqu’à la mettre en doute à l’épreuve de leur vocation d’exorcistes en tant que détectives de – disons – la chose commune.
Mais il y a mieux (ou pire) : vu leurs aventures et rencontres de limiers, ils sont forcés de justifier leur «petite entreprise » ( du regretté Bashung). Leurs voisins s’en mêlent parfois jusqu’à implorer la Loi et la police. Mais qu’on se rassure : l’auteur nous entraîne avec un tel couple praticien et lui-même et par la bande se livre à ses côtés à d’ étourdissantes réflexions sur le sexe et ses désirs, sans tabou ni obstacle.
Les nouveaux Bouvard et Pécuchet nous offrent (grâce à leur auteur) un dialogue de gay ou gai « sçavoir » ou des galantes tiquent sur notre part d’ombre et de folie. Rabelais n’est pas loin. Mais il leur arrive qu’à force de tirer sur la corde sensible (ou la nouille et l’élastique), « la chose la plus bizarre (est celle) qui nous soit arrivée ».
jean-paul gavard-perret
Noa Y. Lion, Alea ejacula est, P.O.L éditeur, 2025, 304 p. – 23,00 €.