Nicole Tourneur, Terre Brûlante

Nicole Tourneur, Terre Brûlante

Une aventure au cœur du Mexique !

Quel est le lien entre la Bretagne et le Mexique ? Deux contrées que tout sépare. L’une située aux antipodes de l’autre. Les deux ignorant tout des codes, des valeurs, des us et coutumes de l’une et de l’autre. Et pourtant, les rencontres et les échanges sont possibles et ce, grâce aux va et vient des populations et aux déplacements des êtres humains avides de nouveauté et de changement.
Et dans cette histoire de rencontre et de métissage qui se situe entre la Bretagne, terre natale et le Mexique, pays d’adoption, il y a Marcel, celui par qui tout a commencé ; Maia, cette jeune femme qui « n’a pas trouvé chaussure à son pied« ,qui cherche refuge à des milliers de kilomètres de son lieu de déception et de souffrance et tous les autres personnages très attachants voire émouvants qui peuplent le cinquième roman de Nicole Tourneur, Terre brûlante….

Tout commence au printemps 1885

 

A travers une écriture recherchée et fouillée, Nicole Tourneur raconte l’histoire du décès de Guénaele, l’épouse de Marcel et mère de Fernand, un jeune adolescent « du haut de ses quinze ans – qui – l’an passé avait été reçu au certificat d’études avec des notes fort honorables qui lui valurent un prix : trois livres rouges, reliés en cuir et titrés à l’or fin… » La nouvelle est difficile à accepter. La disparition soudaine est dure à vivre. L’oubli de cette femme exceptionnelle s’annonce presque impossible. La route vers le deuil est longue. Comment vivre à présent qu’elle n’est plus là ?
A toute question réponse : partir pour le Mexique. « C’est exactement ce qu’il faut pour oublier : rebondir – explique le père au fils – Nous allons nous bâtir un avenir aux confins de ses origines… » Marcel semble être un bon connaisseur du pays.
Partir non pas pour fuir mais pour oublier et renaître à la vie. C’est bien connu : les crises sont des moments de douleur mais propices à des ouvertures et à des perspectives nouvelles.

 

Un beau jour, ils quittent tout : maison, terre, mobilier… Les voilà en route vers la nouveauté. Une terre pour l’oubli ! Voilà ce que rêvent de trouver ces deux hommes déterminés plus que tout à changer de vie et à oublier le passé et son lot de malheurs.
Si Marcel est décidé à rompre avec sa vie d’antan, Fernand n’est cependant pas totalement détaché de sa terre natale. Faute de moyens, sa fiancée, Maëlle doit rester en Bretagne. Elle le rejoindra lorsqu’ils seront installés sur la nouvelle terre.

 

Au pays d’adoption

 

L’installation dans un nouvel environnement n’est jamais chose facile. Il faut tout déconstruire pour reconstruire, désapprendre pour apprendre. Et cette épreuve d’installation et d’adaptation, Marcel et Fernand l’ont surmonté tant bien que mal.
Après avoir passé quelques mois dans une auberge les voilà qu’ils s’installent enfin à Cuarnavaca, dans une cahute. Marcel achète dix hectares et se lance dans la culture du cactus. Il acquiert une chèvre pour le lait et le transformer en fromage, un chien, deux ânes… « Onze mois après leur débarquement à Vara Cruz […], les Bretons édifiaient les murs de leur rancho avec des briques en adobe modelées ardemment par des journaliers… »
Oui, « la branche des Legarrec ancrait enfin ses racines !« 

 

L’avènement d’une vie nouvelle sur une terre à la fois rude et clémente ! La terre des ancêtres est loin. Le lien semble définitivement rompu puisque Maëlle, la fiancée de Bretagne vient d’entrer dans les ordres. Par conséquent, Fernand n’épousera pas cette femme qui semble avoir fait un autre choix de vie.
Malgré la séparation et son lot de douleurs, la vie poursuit son cours. Fernand fait la connaissance de Liliana, une jeune indienne. Il la demande en mariage et l’épouse. Les noces durent trois jours. « La branche Legarrec pouvait prospérer.« 

 

Eté 1992 : l’apparition de Maia

 

Fernando, fils de Fernand et de Liliana fait la connaissance de Maia, une jeune femme française, née à Nantes, venue chercher refuge au Mexique. Au pays, Maia était architecte d’intérieur. La mort de son grand-père et son histoire malheureuse avec John, son amoureux, contribuent à altérer son équilibre psychique. Ne supportant pas de voir leur fille dépressive, ses parents l’envoient au Mexique. La capitale de ce pays la fascine car « Mexico est une machine infernale. Un monstre à ingérer l’Être. Un soleil ! Elle respire, elle grouille,elle poisse. Il est difficile de l’aimer. Il est impensable de la détester. » Maia a tout de suite aimé Mexico. Elle s’y installe et enseigne le français aux enfants des classes aisées.

 

Fernando, « le dernier d’une lignée révolutionnaire« , va confier à Maia la mission de traduire « un cahier maintenu par un ruban bleu« , un manuscrit qui prend la forme d’une série de lettres dans lesquelles Liliana s’adresse à son fils lui révélant des aspects de sa vie, de l’histoire familiale et celle des Indiens.
En rencontrant Fernando, Maia devient celle qui reconstitue l’histoire de Liliana. Elle endosse le rôle de lien symbolique entre le vieil homme et sa mère. Elle est celle qui permet à cet homme de découvrir des secrets familiaux et de renouer avec le terre natale du père et du grand-père : la Bretagne car en voulant aller sur les traces de la famille Legarrec, Maia va découvrir un secret que Marcel et Fernand ne connaîtront jamais.

 

Quel sont les détails du contenu de ces lettres qui constituent « l’unique lien à son passé, à sa mère vénérée et à son père adulé ? Quel effet le contenu de ces missives écrites dans la langue de l’époux a-t-il sur Fernando ? Maia parviendra-t-elle à surmonter son chagrin et à trouver chaussure à son pied ? Fera-t-elle du Mexique son pays d’adoption ?
C’est ce que les lecteurs/trices découvriront à travers ce récit écrit dans un ordre chronologique, alternant entre le passé et le présent, une temporalité entrecoupée de flash backs et de lettres qui nous immergent dans le passé des personnages et dans l’histoire nationale du Mexique.

 

A lire Terre brûlante, le roman de l’intrigue et de la mémoire qui invite au voyage, à l’évasion, à l’ouverture, au respect et à la prise en compte de l’altérité !
A découvrir l’histoire du Mexique et de son lot de pogroms contre la population indienne que Nicole Tourneur qui renoue avec la tradition épistolaire révèle aux lecteurs/trices à travers les lettres de Liliana qui sonnent comme de véritables confessions qui émeuvent jusqu’aux larmes !
Et pour ceux et celles qui désirent approfondir leurs connaissances de la dimension historique, l’auteure a veillé à intégrer une bibliographie regroupant les ouvrages les plus représentatifs de l’histoire du Mexique.

 

Nicole Tourneur a publié aux éditions Gunten :
Les Dieux sont servis, (roman, 2006)
Passé compliqué, (roman, 2004)
Les fenêtres (nouvelles, 2002)
Laurie ou le souffle du papillon (roman, 2001)

n. agsous

 

   
 

Nicole Tourneur, Terre Brûlante, Editions Gunten, octobre 2009, 266 p. – 18,00 €

 
     

 

 

 

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