Flore Vasseur, Comment j’ai liquidé le siècle
Et si le nouveau terrorisme était financier ?
Ce livre est le deuxième opus de Flore Vasseur (le premier, « Une fille dans la ville », fut couronné par le Prix Découverte du Figaro Magazine). Il est le produit d’une idée singulière, née de son expérience personnelle : et si une nouvelle forme de terrorisme se développait, un black-out total provoqué par un simple ordinateur et non par un avion qui percute un building ?
Il faut dire que cette ex-tradeuse a vécu les événements du 11 septembre de très près, lorsqu’elle travaillait à Wall Street. De là à établir un lien entre le terrorisme, pour ses capacités à surprendre et à déstabiliser, et l’activité des financiers installés aux commandes du monde économique, il n’y avait qu’un pas, qu’elle franchit dans Comment j’ai liquidé le siècle.
Pierre, jeune trader d’origine auvergnate formé à Polytechnique, très talentueux, plus doué pour les mathématiques financières que pour la vie ou l’amour, occupe un poste stratégique au Crédit Général. Il a un train de vie très aisé et a pris l’habitude de tout s’acheter, tout y compris l’amour puisqu’il s’offre les services d’une call girl à demeure.
Malgré sa position enviée et son esprit aiguisé, notre brillant clermontois se retrouve transformé en kamikaze financier par la grande prêtresse de la finance. Cette super-woman est à la tête d’une organisation transatlantique secrète qui tire les ficelles de l’économie mondiale. Se sachant condamnée par une maladie incurable, elle n’a de cesse, dans un dernier souffle de vie, de sauver le système capitaliste, de peur que les États-Unis ne perdent leur suprématie et ne laissent le contrôle du monde aux Chinois ou à une autre nouvelle grande puissance tout aussi menaçante.
Au fur et à mesure de sa progression, Pierre se sent comme pris dans un goulot d’étranglement, conscient que l’issue est inévitable et fatale. Les explosifs ont laissé la place à un algorithme financier au pouvoir terrifiant, qu’il faudra répandre sur les marchés, tel un virus informatique dont le but est unique et irréversible. Devenu lucide sur l’inutilité d’une vie dénuée de sens, passée à faire tourner le compteur à devises, Pierre prend conscience qu’il a placé son ex-femme et sa fille anorexique à la périphérie de ses préoccupations. Enfin convaincu qu’il est temps d’opérer un retour à l’essentiel, à la vraie vie, il passe à l’action et diffuse ce fameux programme systémique, provoquant un black-out total à l’échelle globale. C’en est fini du monde tel que nous le connaissons, plus rien ne fonctionnera comme avant puisque plus rien ne fonctionne. Le capitalisme est mort, un homme est né.
Flore Vasseur traite efficacement d’un sujet majeur et son propre passé de financière New-Yorkaise lui donne toute crédibilité dans son intention et dans le résultat obtenu. Effectivement, cette pseudo-fiction est intéressante à plusieurs égards. Elle permet tout d’abord de prendre conscience que ce sont quelques séquences de codes hébergées sur les serveurs des plus grands établissements bancaires qui régissent le monde financier, donc le monde. Avant la crise récente des subprimes, personne n’avait réalisé combien cet équilibre pouvait être précaire et surtout combien il pouvait être fragile et facile à utiliser à mauvais escient.
Dans un style agréable et fluide, Flore Vasseur nous montre comment le pire peut émerger du plus sécurisé des systèmes, même de la rassurante capacité des banques à soutenir et favoriser l’économie. La crise que les pays fortement industrialisés ont traversée aura-t-elle suffi à prendre la mesure d’un tel risque ?
Cette idée d’une nouvelle forme de djihadisme latent, qui sommeille dans les unités centrales des salles de marchés, est effrayante. Les différents événements de cette campagne originale, vouée à tout liquider, défilent de page en page tout comme les cours du CAC40 sur un étroit bandeau au bas des écrans, à un rythme soutenu et volontairement anxiogène.
agathe de lastyns
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Flore Vasseur, Comment j’ai liquidé le siècle, Éditions des Équateurs, mars 2010, 316 p. – 19,00 € |
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