Nathalie Quintane, Un embarras de pensée
Ce livre de Nathalie Quintane expose un de ses « outils obliques » par l’entremise de l’oeuvre d’Alain Rivière. Ce dernier refuse la posture d’artiste, ce qui excite l’écriture et l’humour de celle qui reste sur le fil de la littérature. Entre son œuvre et celle du plasticien existent bien des connivences et des croisements.
Un rognon couché sur un coussin de velours, Descartes en vieux, quelques cerveaux poussés sur un mur, le détail d’une culotte dans un tableau de Piero della Francesca, un plâtrier terrassé par la lecture de Benedetto Croce, etc. : autant de figures déduites par Nathalie Quintane de certaines œuvres d’Alain Rivière.
C’est l’occasion pour elle de créer avec lui une poétique commune fille d’enchantements et désenchantements qui donne à manger, à penser voire à boire. Un tel livre permet dépasser de l’écriture à l’art et l’inverse, là où les deux protagonistes deviennent actants et acteurs de leurs oeuvres respectives qui se croisent ici parfois sans crier gare là où, du corps et de l’humour, dérivent des incises, des fictions parallèles.
Existe donc une prose à deux niveaux ou étages reliés dans une écriture à la Ponge qui cultive l’art du cerne et de la dilatation par un dialogue implicite qui raccroche la littérature au contexte plastique.
Et ce, en parfaite liberté comme seule ligne de conduite.
jean-paul gavard-perret
Nathalie Quintane, Un embarras de pensée, Fata Morgana, coll. Argol, Fontfroide le Haut, 2023, 116 p. – 20,00 €.
