Nathalie Léger-Cresson, Flaques

Nathalie Léger-Cresson, Flaques

Hors là, l’or, l’eau

Pour et à l’exception des enfants et de Claude Nougaro, les auteur(e)s bien assis(e)s sauf dans un tel lieu, la flaque dessine sa perte n’étant que moindre pour oser afficher une prétention. Demeure ici une créatrice d’exception et qui devient si reine à sa manière.
C’est un fait, et même si d’autres étendues aquatiques coulent d’une manière où d’une autre : la flaque différencie le travail du deuil de celui de la mélancolie de l’eau. Sans doute les canards peuvent s’y ébrouer provisoirement avant qu’elle se dissipe, mais avec Nathalie Léger-Cresson elle devient la narratrice qui, par absorption, s’infiltre parmi les humains dans le monde pour leur bien, en unissant la petite au grand.

Cette prose poétique et quelques vers tout aussi réussis permettent de reconnaître ce qui a été perdu un temps. Ici  un tel sujet se creuse, se mange du dedans. Ecrire la Petite Flaque  (sa narratrice) ou les flaques revient à tatouer notre vide là où l’eau méduse dans leurs essaimages.
Habituellement, nous n’y prêtons guère attention, sans chercher à comprendre leur rôle en oubliant ses formes, volumes, couleurs, allures, ruses là où chacun peut trouver sa mimesis et  voire y boire. La narratrice et son sujet demeurent fidèles, parlent de la vie quand le climat tourne de manière inquiétante au beau fixe. Preuve aussi que l’écologie prend un beau brin d’humour. Et si la flaque s’estompe souvent ,très vite elle demeure pour éviter notre fin.

Ecrire devient la tentative de mettre des noms sur qui nous boit, nous suce – terre comprise. Bref, l’écriture peut absorber l’eau en nous lorsque la décision radicale qui nous habite l’impose et ce, grâce au risque de sa féminité. Elle est dictée à travers celle qui, par la concentration d’une infinité de mots (Petite Flaque, son double & flaques), épongent et arrosent nos fantasmes. Elles nous affectent mais sous le mode de l’incompréhension sidérante. Nathalie Léger-Cresson (dont le nom n’est pas ici un hasard) lui donne sens.

jean-paul gavard-perret

Nathalie Léger-Cresson, Flaques, des femmes – Antoinette Fouque, Paris, 2025, 88 p. – 13,00 €.

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