Nathalie Dentinger, Féérie

Nathalie Dentinger, Féérie

Féérie, de Nathalie Dentinger, remplace la donne de la violence des adultes sur le corps des enfants. Et des travestissements transforment les douleurs par la force de l’imaginaire. Dans ce récit libre de trois vies marquées où les enfants étaient pris pour des adultes et les adultes étaient déguisés en enfants, l’auteure exorcise ce qui est décrit ici. « Je devais croire que personne ne les lirait parce que je ne me censurais pas du tout ! (…) car ce qui m’intéressait avant tout, c’était de toucher le moins possible à ma vision enfantine.», dit l’auteure.

Ses trois personnages, bien tristes ou bizarres dans leurs vêtements, exposent tour à tour leurs visions du drame, « mais le problème, c’est qu’ils sont pris dans la fiction qu’ils se racontent », ajoute la créatrice. Ici, l’enfant s’évade dans des mondes imaginaires quand la situation devient trop pénible et que l’homme se raconte que rien n’est sa faute à travers des féeries alcoolisées, ou quant le grand frère ne veut ne pas être dérangé et préserver sa paix. D’où cette manière de présenter trois points de vue et ce qui s’est passé.

Sous une trace guignolesque, ou carnavalesque, la farce n’est jamais loin de la féerie vénéneuse de trois personnages tristes ou dangereux. Mais c’est un moyen de de supporter l’insupportable et de tenir à distance le drame. La féerie permet de décrire ce qui arrive là où il est question d’abus et non d’amour et l’auteure estime elle-même sa farce démoniaque ou son carnaval semblable « un peu à une peinture de James Ensor. »

Nathalie Dentinger, Féérie, Le Dilettante, mars 2025 – 15,00 €.

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