Michel Moatti, Rebecca – Dans l’ombre d’Hollywood

Michel Moatti, Rebecca – Dans l’ombre d’Hollywood

Rebecca est un thriller de la romancière britannique Daphnée du Maurier, paru en 1938. Alfred Hitchcock adapte le roman à partir du 8 septembre 1939 dans les studios de Selznick International Pictures avec Joan Fontaine, Laurence Olivier et Judith Anderson dans les rôles-titres.
Judith Anderson, au crépuscule de sa vie, raconte son tournage de l’automne 1939. Elle a décroché le rôle de Mrs Danvers, la gouvernante malveillante qui règne sur Manderley, la demeure hantée, le tombeau de Rebecca l’ancienne maîtresse des lieux dont l’ombre plane. Manderley est un magnifique manoir en Cornouailles. Maxim de Winter, son riche propriétaire, a épousé en secondes noces, à Londres, une jeune femme timide et naïve, dont on ne connaît pas le prénom. À leur arrivée, ils sont accueillis par l’ensemble du personnel dont Mrs Danvers qui compare constamment la narratrice à Rebecca, morte noyée quelques temps auparavant. Et la situation dégénère quand…

Judith Anderson est une actrice qui a beaucoup tourné, incarnant des seconds rôles de méchantes, de folles, d’alcooliques. Des mauvaises langues ont insinué que pour ce dernier genre, elle n’avait pas à se forcer pour entrer dans le personnage. Son travail d’interprète est reconnu et elle est anoblie par la reine Elisabeth en 1960.
Le choix de cette personne par Michel Moatti pour en faire l’héroïne de son livre est particulièrement judicieux car elle a été un témoin précieux des événements de ce tournage. Le romancier invite à suivre un double récit, celui du tournage proprement dit avec tous les incidents, et le parcours d’un serial killer dans West Hollywood et une présence très trouble sur le plateau, auprès de l’équipe du film. Il fait raconter par Judith, le choix des actrices, les coulisses des studios, les faux castings pour alimenter une prostitution au profit : «…de gars en surpoids qui terrorisaient les femmes dans tout Los Angeles. »

Michel Moatti fait vivre cette époque de belle manière, une intrigue soutenue par un travail documentaire remarquable, décrivant les ambiances anxiogènes, les caprices des producteurs, les jalousies, les chausse-trappes pour obtenir les rôles. Il dévoile le côté sombre de cette industrie du cinéma. Si cet univers présente un aspect clinquant aux yeux du monde, ce n’est que brutalités, ignominies, attitudes ordurières en coulisses.
Il brosse un portrait sans concessions d’Alfred Hitchcock, de ses méthodes de direction, son art de terroriser ses interprètes, surtout les femmes, celles-ci devenant des proies. Si le producteur David Selznick voulait que le film soit fidèle au roman, le metteur en scène a dû adapter certains points. En effet, le code Hays, une émanation parfaitement hypocrite d’autocensure, interdisait, entre autres, qu’un meurtrier échappe à la justice. L’assassinat est transformé en accident.

Michel Moatti réussit un roman noir magistral, cruel, envoutant, d’une belle érudition pour faire redécouvrir un classique du cinéma. Il offre une plongée colossale dans cet univers du mensonge, du trucage et mêle avec maestria une enquête criminelle et le récit d’un tournage.

Michel Moatti, Rebecca – Dans l’ombre d’Hollywood, Éditions 10/18 n°6177, coll. Polar, mai 2026, 264 p. – 8,60 €.

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