Michel Bussi, Code Yesterday
Ce qu’on a toujours voulu nous faire croire
Smoky Slug est un critique de rock qui a eu son heure de gloire. Il donne encore des conférences pour un public qui, comme lui, est vieillissant. Il joue la star et cherche à provoquer. Il assène que le rock, c’est masculin, une affaire de mecs et énumère les grands groupes. Une dame relève qu’il n’a pas cité les Beatles. Il rétorque que ce n’est pas un groupe de rock, qu’ils ont trahi ce genre musical. Outrée, elle quitte la salle.
Yvonne, cette dame, s’énerve dans sa cuisine contre ce critique prétentieux. Lonely, sa petite fille, une musicienne, tente de la calmer et lui demande de mettre de la musique. Le cœur d’Yvonne dysfonctionne et elle est hospitalisée.
En fouillant dans la discothèque de sa grand-mère, à qui elle a promis d’apporter des vinyles, la jeune fille ouvre un double-album des Beatles. Une feuille s’échappe, le programme de la fête paroissiale du 6 juillet 1957. Le verso la surprend car il porte des notes de musiques et une vingtaine de lignes manuscrites – Love me do. Elle reconnaît le premier tube du groupe. Mais comment expliquer la présence de ce futur tube… cinq ans avant sa sortie ?
Pour en avoir le cœur net, Lonely retrouve Smoky qui se montre très sceptique. Cette chanson aurait été écrite par Yvonne cinq ans avant de devenir le premier tube des Beatles ? Or, c’est bien ce jour-là que John Lennon et Paul McCarrtney se sont rencontrés lors de cette kermesse.
Smoky pressent un secret, un sacré scoop et il commence à fouiller. À l’hôpital, ce que raconte Yvonne à Lonely…
Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’éventail des intérêts de Michel Bussi est particulièrement large. Si nombre de ses romans se déroulent en Normandie, il fait visiter d’autres régions à ses personnages. Ainsi fait-il une forte incursion au Rwanda avec son livre-choc Les Ombres du monde sur les massacres. Là, avec Code Yesterday, il dissèque, à la fois, la philosophie du rock et surtout détaille le parcours des Beatles, ces quatre garçons qui pendant quelques années ont écrasé toute concurrence musicale.
Il installe deux temporalités. L’année 2025 avec Smoky et la période 1950/60 avec Yvonne. Par le biais de Smoky Slug, il propose une critique de ces musiciens soulevant nombre d’interrogations quant à la route, apparemment idyllique, des quatre scarabées sacrés. Il explique pourquoi il considère que le groupe a trahi le rock. Il révèle qu’un certain nombre de mystères entoure les Beatles comme ces morts, beaucoup de morts presque toujours violentes. De plus, pour lui, il n’y a statistiquement aucune chance pour que deux génies naissent en même temps, dans la même ville. Peut-on imaginer deux Mozart nés à Salzbourg en 1756 ? Et il assène d’étranges coïncidences avec les noms contenus dans des chansons.
Avec Yvonne, il raconte leurs débuts. Elle est présente à la fameuse kermesse. Elle connaît les deux garçons de son âge. Elle donne une version quelque peu différente de celle entérinée par la légende.
Michel Bussi pointe une réalité, celle énoncée par Smoky, à savoir l’absence totale des femmes dans le rock. Tous les groupes sont masculins. La place des filles est au bord de la scène à hurler ou à poser pour mettre en valeur ces messieurs, pas tous des canons masculins.
Sur les pas de Lonely, il fait visiter les lieux emblématiques de Liverpool, exhume des archives, confronte les mythes à la réalité.
Il remarque, avec regret, que des musiciens, des paroliers restent inconnus. Qui connaît Patrick Leonard, l’auteur de la plupart des tubes de Madonna, Jacques Revaux, qui a composé Comme d’habitude, volé par le mafieux Sinatra, une des trois mélodies les plus reprises dans le monde !
Avec son art subtil du récit, Bussi fait progresser son intrigue en faisant alterner les deux époques, les recherches de notre époque, les souvenirs d’Yvonne, ajoutant à chaque chapitre une nouvelle interrogation, une trouée dans l’histoire officielle.
S’il jongle avec les codes du polar musical, s’il multiplie les fausses pistes, il fait montre d’une maîtrise totale de l’histoire des Beatles, avec une belle connaissance des grands titres et une documentation solide des lieux devenus mythiques et de toutes les rumeurs que le groupe a fait naître.
Code Yesterday est un roman bien original dans la mesure où inclure un rôle féminin essentiel dans la saga des Fab Four s’inscrit comme un beau défi. La lecture de ce texte érudit offre une belle plongée dans une époque où tout semblait possible. Un fois encore, le romancier amène un lecteur, captif du récit, vers un dénouement totalement inattendu.
serge perraud
Michel Bussi, Code Yesterday, Les Presses de la Cité, septembre 2026, 358 p. – 22,90 €.