Mathieu Vivion, Mon cœur prisonnier
Quand la réalité est trop dure…
L’homme ne sait pas répondre à la question qu’on lui pose. Il ne comprend pas. Le policier redemande si la barrière était ouverte ou fermée. Il n’en sait rien et se lance dans une longue tirade sur l’état de son évier où s’entassent des casseroles, des cuillères pleines de pâte à crêpe, de confiture. Il revient à Joëlle.
Franck Teautot, 64 ans, chauffeur de bus scolaire, est au commissariat, en garde à vue. Deux enquêteurs l’interrogent sur le tragique accident qui a couté la vie à huit enfants. Mais Franck ne parle que d’une chose, de Joëlle sa fille, de son goût pour les crêpes, de leurs sorties au parc, du toboggan…
Que s’est-il passé au parc ? Que s’est-il passé avec ce bus ? Franck est-il un meurtrier, un fou ou un père dont le cœur est resté prisonnier ?
Ce texte dense, quelques 84 pages, se construit autour d’un monologue intense en émotions où les souvenirs s’imposent face aux faits, ou les hallucinations se confondent avec la réalité. Avec une belle minutie et un art de l’elliptique, l’auteur installe un huis clos mental avec son personnage dont le cerveau se défend face à la réalité terrible qu’il vient de vivre pour se réfugier dans le passé.
Mais c’est un passé bien encombré dont il ne retient que quelques bribes heureuses, l’amour inconditionnel pour sa fille. Ressurgissent également les événements tragiques dont il se sent responsable vis-à-vis de son enfant et de son épouse quand il est face à une policière qui lui ressemble.
Avec Mon cœur prisonnier, Mathieu Vivion signe un texte court mais percutant avec l’immense douleur de son personnage, un suspense psychologique intense, un monologue fiévreux d’une grande intensité.
serge perraud
Mathieu Vivion, Mon cœur prisonnier, Les éditions du Panseur, mars 2026, 104 p. – 16,50€.