Mathias Lair, Souvenirs d’un chien perdu sans collier
Faux bourg et vrai bourdon
Mathias Lair crée ici une évocation et une méditation sur l’enfance. L’âge venant, nous nous y retrouvons entre faubourg et vrai bourdon et sur l’asphalte de vieilles ombres acheteuses de peaux de lapins comprises avec nuages sous le ciel, parfois telle une orangeade comme écrite à l’encre de Chine.
Certes, les gamins se voulaient parfois Indiens, voire Nuage Bleu. Mais existe du Pessoa dans une telle écriture juste et bien au-delà du vintage. Jamais non plus de trivialité sauf lorsqu’elle est ici positive comme disait Baudelaire. Demeurent des pulsions bifides aux aurores obsolètes. Mais les songes insoumis sont remplacés des absences, les disparitions. Passés d’abord presque (mais le presque est important) à la légère, les personnages vivants restent des Général Custer qui comprennent autant leurs défaites que ce qui est arrivé.
Un des personnages estime que notre passé donne notre assise d’aujourd’hui. C’est loin d’être faux. Mais la chaise est bancale. Théoriquement, nous ferions d’un tel temps table rase mais existe un jeu perpétuel entre ce qui est et ce qui fut. Chacun est plus ou moins niché en de sombres mansardes. Elles assurent au ciel le droit de cité mais viennent éreinter le flot moutonneux et coriace des jupes des filles. Les ombres appesanties ont encore prises sur nous. Lair tente de lui donner de la fougue et (forcément) de l’air. L’auteur cultive encore une certaine beauté du diable. Mais celui-ci reste hélas ! dans les détails. Chacun rêvait l’azur azur, azur. Sa ouate échappe aux sophistes et rhabille le désastre du monde d’un pelage premier. Reste tout de même un apprentissage de la vie à continuer moins mal que mieux. Courage !
jean-paul gavard-perret
Mathias Lair, Souvenirs d’un chien perdu sans collier, Editions Unicité, 2015, 142 p. – 14,00 €.