Le conte d’hiver (Shakespeare / A. Mazouin & G. Morel) 

Le conte d’hiver (Shakespeare / A. Mazouin & G. Morel) 

© Christophe Raynaud de Lage

Des personnages apparaissent sur le plateau en contre-jour, éclairés depuis le fond de scène, tandis que l’on entend le son d’une boîte à musique ; à cette procession discrète succède une cavalcade bruyante. La fête réunit les deux frères qui célèbrent leur réunion. Un bel et effrayant arrêt sur image permet d’introduire l’argument de la jalousie qui gèle le cœur. S’opère un dédoublement du réel : cet homme est assiégé, obnubilé par une véritable hallucination. C’est là l’origine d’une intrigue brutale :  le roi répudie sa femme, sa fille, son fils, alors même que se pressent autour de lui celles et ceux qui veulent le ramener à la raison. La partition fait la part belle à Léontes, bien incarné par Mathias Zakhar ; un jeu un peu débordant convient à ce personnage aux élans débridés. Evidemment, l’oracle sollicité par le roi dément sa conviction ; toutefois, il a beau se repentir, le mal fait s’est déjà répandu au gré de ses malédictions. C’est une histoire coupée en deux, qui nous laisse décider à terme quelle était la valeur de vérité des différents propos, et s’il convient de tout reprendre à nouveaux frais. 

Une intervention fantas(ma)tique du Temps permet de déplacer l’action en Bohême, seize ans après. On y retrouve le fils du roi qui courtise une jeune beauté, Perdita, qui nous a été présentée comme la fille du roi de Sicile, qui avait été abandonnée, puis recueillie par un berger. On assiste à un conte baroque – une histoire coupée en deux, la brèche initiale devenant béance – qui dénonce manifestement la folie misogyne en inversant le mythe d’Œdipe.
De teneur trop explicite et trop spontanée pour être plaisante, la représentation requiert de choisir un vecteur de l’illusion. Au fantasme destructeur répond sans doute la fiction réparatrice, la magie pacificatrice et le rêve, dernier remords avant l’oubli. La compagnie “Quand il fera nuit” mise sur le jeu, inscrit dans un climat ambiancé par l’alternance de discours, souvent assortis de poses ou de mimes, et de fêtes.

Le spectacle est assez réussi ; d’un texte moins incisif que celui des grandes tragédies, résulte un spectacle enjoué, dynamique et chaleureux, dont subsiste brûlante et lancinante la question des femmes sacrifiées à la puissance mortifère des hommes. 

de Shakespeare 

mise en scène Agathe Mazouin et Guillaume Morel 

Avec Louis Battistelli, Myriam Fichter, Joaquim Fossi, Mathias Zakhar, Mohamed Guerbi, Tom Menanteau en alternance avec Léo Zagagnoni, Olenka Ilunga, Eva Lallier Juan, Julie Tedesco, Zoé Van Herck, Padrig Vion, Neil-Adam Mohammedi. 

Scénographie Andréa Baglione ; lumière Lucien Vallé ; son John Kaced ; costumes Lucie Duranteau ; vidéo Camille Berthelot ; régie générale Nina Coulais ; 
administration et diffusion Flora Courouge.  

 
Du mardi 23 septembre 2025 au vendredi 10 octobre 2025 
au Théâtre 13 Bibliothèque 
30 rue du Chevaleret, 75013 Paris 
T +(0)1 45 88 62 22 billetterie@theatre13.com  

https://theatre13.com/spectacle/le-conte-dhiver-2

Du lundi au vendredi à 20h, le samedi à 18h, 

relâche le 28 septembre et les 4 et 5 octobre. Durée : 2h20. 

Mention de production 

Production Compagnie Quand il fera nuit 

Coréalisation Compagnie Quand il fera nuit ; Théâtre 13 

Coproduction Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint-Denis 

Soutien ministère de la Culture – Drac Île-de-France, Adami 

Soutien artistique du Jeune Théâtre National 

Aide à la résidence de création de la Ville de Paris 

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