Mathias Lair, Petit traité de savoir-mourir
Sûrs sots
Mathias Lair est un homme de goût. Et dans son opuscule du bien savoir mourir, nulle question chez lui d’un veuf, d’un ténébreux ou d’inconsolé (malgré son penchant pour Nerval). Il connaît son milieu et le monde mais il a la particularité de détecter face aux dégénérés du savoir-vivre une sorte de freinage pour, dans l’éventualité de notre cas le plus extrême, stopper toute régression : car « le sacre du nombril » est la condition sine qua non de notre finitude mais d’absence de projet.
Lucide et riche d’humour, il coopère avec nos chinoiseries (bien françaises) pour remuer notre bulbe autant face à la vie que la mort. Ravi – entre autres – de déconner dans notre passion, il souligne « qu’on croit qu’on y est alors qu’on y pas » – sorte de rappel de Lacan : «l’amour c’est donner à quelqu’un qui n’en veut pas ce qu’on n’a pas » Dès lors, le premier réagit pour titiller notre évolution.
Mais il sait que nos récepteurs et nos tristes topiques créent des chausse-trappes dans nos prétendus systèmes immunitaires. De notre possible trésor, nous ne connaissons que des échantillons – surtout de notre j’en foutre. Fier de notre vacuité, nous refusons le réel quitte à croire en détecter sursauts ou gaz invisibles.
Lair nous rappelle que nous esquissons dans de « jolies » culbutes la manière de provoquer des prouesses bénéfiques aux rayonnements agoniques et modèles théoriques (dûment soulignés et appuyés ici). Le tout pour caresser l’absolue certitude d’arriver où nous allons en tant que très passés par avance pour trouver dans nos illusions et erreurs une raison d’exister. L’auteur le souligne sans démagogie et avec une subtilité qui rudoie là où le baume reste l’ironie spéculative.
jean-paul gavard-perret
Mathias Lair, Petit traité de savoir mourir, Tarmac, 2026, 66 p. – 15,00 €.