Marine Riguet, Fugue pour visage
Poésie pour images
Pour Marine Riguet, la parole poétique est capable de rendre la vue, car plus qu’une autre elle est attentive au mouvant du monde. C’est aussi abandonner, notamment, la certitude des noms, retrouver une langue qui ne simplifie pas cette incertitude mais qui l’inclut et, ce faisant, la rend appréhendable.
En ce sens, la forme de la fugue rend la poète poreuse et porteuse à partir de la variation, de la pluralité des paysages qui se répondent et se fondent. Certes, elle déroute, déplace mais ordonne au visage un lieu d’identité. Pour preuve, écrit-elle, « l’entour indécis te ressemble. / quelque part entre. / jusqu’où te traces-tu. » Et cela reflète la quête de l’identité mouvante, toujours en devenir.
Dans cette perspective, l’image joue un rôle pour restituer ou brouiller les frontières entre ce qui surgit et ce qui échappe. Elle le prend par surprise là où les poèmes se succèdent en une sorte de défiguration-refiguration constante autant pour jouer les gestes quotidiens que le temps long, les traits de ceux qui nous ont précédé, le regard d’autrui. Il est en partie hors de nous.
jean-paul gavard-perret
Marine Riguet, Fugue pour visage, éditions maelstrÖm reEvolution, 2025, 61 p. – 8,00 €.