Jean-Claude Bélégou, La gloire du monde

Jean-Claude Bélégou, La gloire du monde

Dans cette série surprenante, Jean-Claude Bélégou transforme la photographie « de base » dans « la relation triangulaire entre le corps agité, frénétique, les traces médiatiques de la violence mondialiste et le sujet à l’œuvre. Le titre de cette série est plus que sardonique : s’engagent diverses danses macabres en de telles dystopies.

Dès ses premières expositions et livres, le créateur a confronté textes de divers genres aux images des autres ou des siennes. Ici, il poursuit ce qu’il nomme des « photographies de graphie » en associant des imprimés (journaux, etc. ), où il retient d’infimes parcelles de phrases isolées, à des portraits de visages grimaçants, déformés, triturés torturés et des « strobo(photo)graphies » de mouvements de l’agitation frénétique du monde, là où se donne « le corps physique, coincé dans l’antinomie d’un corps réifié et d’un corps scène de liberté et d’irrationalité ».

Ici, la photographie se tord pour régner. Et si ces oeuvres ne sont que les conséquences d’un chamboulement antérieur, la face de l’art photographie sinon du monde est changée. Par des poses hybrides, violentes et en mouvement s’engage le retour au lieu de l’image la plus primitive et la plus sourde. Chaque photographie numérique ouvre sur un chaos. Elle ne revendique plus une sorte de stabilité et un statut immuable mais une manière subjective du monde qui fait obstacle à tout processus de croyance.

La torsion de la surface sous des formes plus complexes par collages et assemblages succède aux Combine Paintings de Rauschenberg. Il faut aller chercher chaque fois un peu plus loin la surface. Elle devient, par contrecoup, un ensemble de torsions et de distorsions. Elle ne peut plus être le territoire de l’illusion sur laquelle un leurre viendrait se poser. Mais, de plus, il faut se demander quelle valeur d’échange esthétique provoque cette transformation. On s’interroge alors sur l’effet de loque qu’une telle approche engendre et comment elle « inter-loque » le spectateur.

Par sa texture travaillée, la photographie devient la marque en elle-même du travail formel. Elle sort du rôle de support en un paradoxe topologique. Bélégou renvoie aussi la photographie à la consistance d’une matière qui travaille la réversion figurale et la logique habituelle du repli imaginaire en une morphogénétique. Au-delà de l’effet classique de pans surgit un espace hérétique en divers déplacements figuraux ou de réseaux, aux effets de nimbes, de lumières, voire d’ombres.

C’est tuer tout maniérisme de la photographie. Sur ce qu’elle insémine et dissémine surgissent des seuils qui, cependant, n’indiquent plus le passage du fantasme à son reflet imité. L’image ne sauve pas, elle annonce une fin. Elle devient la porte infernale où nous ne cessons de frapper avant la nuit ou dedans. Le regardeur se demande : que faire ? Que dire ? La souffrance est là.
Par de telles mises en abyme, l’image se défait en une forme d’entente tacite avec la mort. Il y a une chute, une projection. Nous sommes parfois jetés devant de prochains cadavres dont on n’a pas pris le temps de les dégager de leur collet. C’est, pour Bélégou à la suite de Beuys, la manière de « préférer la douleur de la nuit à la splendeur du jour ».

Reste à savoir la nature d’une telle « gloire » même si son aspect tragique n’avance jamais masqué.

Jean-Claude Bélégou, La gloire du monde, voir son site, 2025.

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