Marie Piselli, Copy Cancan
LES CONSIDERATIONS DE MARIE ou LE FEMININ DE L’ETRE
Il n’y a nul accroc dans la soierie des voyages plastiques de Marie Piselli. Et cela, pour une raison majeure : ses modèles sont nus. Ce sont même parfois des écorchés que l’artiste montre. Un ange les tire par les pieds mais ces femmes nues revendiquent moins son sexe que le leur. La créatrice le reprend à sa main à coups de rotondités et de chorégraphies. Celles-ci ouvrent les yeux des ogres. Ce n’est plus la seule extase du vide qui les guérit de la maladie du temps. Qu’importe si la fusion dans le réel n’est pas au rendez-vous. Du moins dans un premier temps.
Restent des fleurs noires nées de l’espace, des ondées d’ovoïdes. A leur naissance chaleur accablante. Des intrus voulurent brouiller les cartes qui donnaient l’atout à la dame de pic, à la dame de cœur. C’est peut-être pourquoi ces parlements de femmes ne célèbrent plus les charmes du phallus mais ceux de leur propre intimité. Au mieux, le phallus ne peut que glisser en carpe grise plus qu’en bourreau dans un bocal sur un buffet.
Rien ne remonte à la surface. Ses bulles crèvent. Et face ou à travers lui Marie Piselli donne au monde un air de fête. Les formes dansent comme sur des fils dans leur cadre avant de s’envoler. Pour cette chorégraphie, l’artiste ne fait jamais état de sa virtuosité. Elle la cache même. Mais elle est là. Elle permet de dénicher ce qui en l’être tire les rideaux ou les ficelles. L’artiste le suggère en une étrangeté sans qu’elle soit obligée de s’expliquer, de déplier des raisons.
Dans ses « Têtes de culs » (sorte de logotypes sur tableaux noirs sur fonds blanc réalisé au feutre sur papier, ou par de larges aplats d’acrylique) comme en un autre registre avec ses Copy Cancan (où l’écorchée – peinture avec modèle vivant – se transforme en dizaines de danseuses de French Cancan posées sur une planche à billets plastifiée – symbole du marché de l’art flamboyant et premier clin d’œil à Andy Warhol), se créent des narrations inhabituelles et polysémiques. La féminité règne en maîtresse. Aux oripeaux sentimentaux attachés au royaume matriciel l’artiste décroche le coup de pied de l’ânesse par Caca boum qui n’a pas à être commenté. Si ce n’est par l’Alea jacta est de la forgeuses de féeries glacées. Devant la grotte de la vierge il n’y a plus de prêtres pour faire la garde ou parader en habit d’officiant. Les seules orgues qu’on entend seraient plutôt celles de Staline. Mais elles-mêmes se mettent à gazouiller.
Tous ces sujets, ces images, ces dépliages sont traités en renversant le sens des icones. La petite fille voilée ou la danseuse qui joue les dévergondées peuvent être autant abusées que dévergondées : le serpent phallique s’amollit en cordon à prière, la Joconde grimace, le bébé roi devient un enfant exécrable. En fée de la forêt des signes, Marie Piselli déboîte les sornettes admises pour les exhiber en rois nus. Copy Cancan en particulier. L’œuvre raconte l’histoire de l’art :« il y en a pour tous les goûts et les dégoûts. L’original, dignement, se cache dans les coulisses de ce théâtre devenu contemporain, pendant que les COPY dansent le CANCAN au gré du mistral écrit l’artiste. Et tourne toupie dans la maison de son être.
D’autres à sa place auraient perdu le fil ou pris la poudre d’escampette. Mais Marie Piselli s’est mise simplement à peindre et à construire de plus en plus grand. Et quand des hommes ont jeté du charbon ardent pour la faire cuire, elle a transformé les flammes en sarments de vie. Elle est la Monica Vitti de l’Eclipse, la Gradisca de Fellini.
Lire notre entretien avec Marie Piselli
jean-paul gavard-perret
Marie Piselli, Copy Cancan,
– Espace Post Tenebras Lux, Les Baux de Provence, du 8 au 20 mais dans le cadre du 13ème FEPN d’Arles.
– « Eclosion », Galerie Rue sans Fraise, Rue Française, Paris 2ème, du 15 avril au 21 juin 2013.