Margaret Yorke, Trouvez-moi un coupable
Dans la lignée d’Agatha Christie, au fin fond de l’Angleterre et de la bourgeoisie rurale déchue.
Margaret Yorke, pseudonyme de Margaret Beda Nicholson, est une vraie reine du crime à l’instar d’Agatha Christie. À ce titre, elle a présidé la Crime Writer’s Association (1979-1980) et a reçu la Dague de diamant Cartier de la CWA pour l’ensemble de son œuvre.
Avec Trouvez-moi un coupable, on ressent pleinement l’influence de la Reine du Crime. Bien sûr, Nina Crowther, son héroïne, est bien moins âgée que Miss Jane Marple, mais le petit village dans lequel elle va, un temps, s’installer, Netherton St Mary, a de profonds relents de St Mary Mead.
Brutalement abandonnée et bafouée par son mari, Nina doit prendre son destin en main. Dans un pub, elle se lie avec Priscilla Blunt. Une rencontre qui va bouleverser sa vie… Elle accepte de s’occuper de sa vaste maison du Hall, en bordure de Netherton St Mary, pendant que Priscilla et son mari se rendent en Afrique du Sud.
Pendant toute la durée de ce gardiennage, elle va découvrir de vieux secrets de famille. Le vieux Dan paraît bien inoffensif et il est toujours prêt à rendre de menus services. Couper du bois, s’occuper du jardin. Cependant, il s’absente toutes les semaines, mystérieusement, pour aller à Londres. Heather et Guy, un couple sexagénaire ami des Blunt, vivent pauvrement dans une masure peu chauffée mais se permettent les jours de fête un petit verre de cognac et des scones. Guy souffre de troubles psychologiques depuis la Seconde Guerre mondiale. Colonel à la retraite, il a été prisonnier de guerre pendant de longues et terrifiantes années. Il passe son temps à peindre des toiles affreuses, à se laver les mains de longues minutes et à se perdre dans la campagne avoisinante. Ses errements l’amènent irrésistiblement vers le Hall. Il a même un jeu de clés de la demeure des Blunt – ce qui est surprenant.
Sitôt installée dans cette maison, Nina suit par voie de presse les agissements d’un tueur en série qui s’attaque à de jeunes adolescentes. Toutes fugueuses en herbe qui ont dû subir les assauts d’un violeur aux abords des gares. En plus, c’est un tueur qui sévit dans la région. Pour couronner le tout, un triste individu s’ingénie à téléphoner vers 22h40 tous les soirs ou presque. Elle peut entendre son souffle dans le combiné. Les nerfs à vif, Nina a bien besoin du soutien de ses deux filles. La vérité n’est pas telle qu’il y paraît. La police découvrira-t-elle le coupable alors que Nina, accompagnée du chien de la maison qui lui procure compagnie et réconfort, aide Heather dans les derniers moments de la vie du malheureux Guy, ancien Apollon en puissance ?
Pour Margaret Yorke, l’enquête n’est pas une finalité en soi. C’est simplement un expédient. Une manière de mettre un peu de piment dans une magnifique étude de caractère de la petite bourgeoisie campagnarde. À la lecture de Trouvez-moi un coupable, on éprouve les mêmes sensations qu’avec le film Gosford Park. Bien qu’il ne soit nullement question d’aristocratie dans ce roman, le climat est un peu le même. Véritable drame de l’oubli et de la déchéance, ce récit trouve tout son aboutissement dans l’exploration des différents personnages tous aussi fouillés les uns que les autres. Ils ont tous d’énormes défauts, un cœur gros comme ça et donnent, chacun à leur manière, des raisons d’espérer malgré la noirceur de leur vie. Pour Margaret Yorke, le malheur, l’écueil, semblent faire partie de la vie de tout le monde. Une vie idyllique n’existe pas – mais il importe de rebondir.
Bien sûr, on pourra s’agacer de la fin un peu eau-de-rose. Mais cette heureuse fin, comme dans les contes de fée, découle d’un processus littéraire et narratif très bien construit qui conviendra à ravir au lectorat d’Agatha Christie et de PD James – mais que boudera sans doute le lecteur de Patricia Cornwell. Trouvez-moi un coupable, qui était déjà paru aux mêmes éditions en grand format en 1996, est un exemple parfait de ce que réussit à faire Liana Lévi avec sa collection de poche « Piccolo ». Margaret Yorke est un auteur « maison » et ceux qui l’apprécient peuvent la retrouver dans d’autres ouvrages comme Vieilles dames en péril (1997) ou Emily Frost est revenue (2000).
julien védrenne
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Margaret Yorke, Trouvez-moi un coupable (Traduction de Laurence Kiéfé), Liana Levi coll. « Piccolo » (vol. n°29), janvier 2005, 264 p. – 9,00 €. |
