Iain Pears, Le Mystère Giotto
Cinquième enquête de Jonathan Argyll, le marchand d’art à la poursuite de tableaux volés.
Iain Pears est le porte-drapeau du « polar dans le monde de l’art » comme il était indiqué sur un bandeau à la sortie des deux premiers épisodes (L’Affaire Raphaël, 10/18 n° 3365 et Le Comité Tiziano, 10/18 n° 3366) où apparaissaient le marchand d’art Jonathan Argyll, sujet de Sa Gracieuse Majesté, le général italien Bottando, chef du Service de la protection du patrimoine artistique et son enquêtrice attitrée, Flavia Di Stefano.
Le Mystère Giotto est le cinquième volet de cette série de la collection « Grands détectives ». Après la lecture d’une lettre dont l’expéditeur avoue être l’auteur du vol d’un tableau, le général Bottando ressort ses vieux dossiers et son idée d’un voleur génial qu’il a surnommé Giotto et qui aurait dérobé, en trente ans de carrière, trente-deux tableaux de maître chez des particuliers.
Dans le même temps, le service dirigé par Bottando doit subir l’offensive de technocrates avec, à leur tête, l’insupportable Argan qui vise sa place. Cette enquête devient celle de la dernière chance. Flavia Di Stefano va aller à la rencontre d’une vieille sourde un peu demeurée, nostalgique d’une époque révolue, et d’un minable petit voleur qui se fait toujours prendre. Pendant ce temps, Argyll, en proie à de nombreux doutes existentiels, notamment quant à son devenir de marchand d’art, s’envole pour la Grande-Bretagne afin de rencontrer Forster, un autre marchand d’art un peu maître-chanteur sur les bords qui aurait revendu certains des tableaux volés. Alors qu’il se rend chez ce dernier, celui-ci fait une chute mortelle dans ses escaliers. Accident ou meurtre ? La question mérite d’être posée. Les papiers de Forster brûlent dans la campagne pendant qu’Argyll, hébergé par une châtelaine, héritière d’une kleptomane attachée à ce même Forster, découvre au milieu de tableaux de mauvaise qualité un dessin de Léonard de Vinci.
Flavia Di Stefano rejoint Argyll, son fiancé. Le temps presse. Bottando est aux abois. Son temps à la tête du service semble compté car Argan avance ses pions de manière machiavélique. Bottando doit rendre des comptes et il décide de passer à l’offensive. Il quitte son bureau et part à son tour enquêter sur le terrain.
Comme toujours avec Iain Pears, dont les romans sont d’abord édités en grand format chez Belfond, c’est efficace. L’histoire de la peinture y est vulgarisée avec finesse et à aucun moment le lecteur ne se sent dépassé par une érudition imbuvable. Tout paraît clair et l’on éprouve une indéniable familiarité avec des peintres tels que Vélasquez ou Pollaiullo tout au long de ces trois cent quarante-six pages qui se lisent d’une seule traite.
L’intrigue, certes banale, prend un intérêt particulier parce que se déroulant dans le monde atypique, du marché de l’art ; le moins que l’on puisse dire est que ça fonctionne à merveille et que les rouages développés par Pears sont bien huilés. Les dialogues s’inscrivent dans une continuité linéaire qui suit parfaitement la trame de notre histoire. Le lecteur se fond dans l’Est-Anglie, une région d’Angleterre où il faut éviter de commander des œufs à l’écossaise dans le seul pub du village et où chacun trompe son conjoint pour se venger de lui – l’humour anglais a sa part.
Iain Pears, ancien historien d’art et Docteur en philosophie, sait éviter le didactisme et nous envoûter sans que jamais nous ressentions le poids de notre inculture. Pour notre plus grand plaisir.
julien védrenne
![]() |
||
|
Iain Pears, Le Mystère Giotto (traduction de Georges-Michel Sarotte), 10/18 « Grands détectives », 2004, 346 p. – 7,00 €. |
