Rod Duncan, Couleur interdite

Rod Duncan, Couleur interdite

Enquête à Waterfields pour éviter des émeutes racistes dans les quartiers hindous de la ville.

Couleur interdite, c’est avant tout une course contre la montre. Heureusement, l’inspecteur de police chargé des relations intercommunautaires, la métisse Mo Akanbai, veille au grain. Le groupe fasciste, dirigé depuis le Pays de Galles par le machiavélique professeur Cranmer-Phillips et son homme à tout faire, Vince, veut faire exploser une bombe à Leicester lors de la visite du Premier Ministre. Ils veulent aussi que cette bombe soit le facteur déclenchant d’émeutes entre la forte communauté musulmane de la ville et les crânes rasés à l’idéologie d’extrême droite. Pour que leur mayonnaise prenne, ils fomentent divers incidents de plus en plus violents. Cela commence par l’intrusion du cadavre d’un porc dans l’enceinte réservée aux femmes de la mosquée de la ville et continue par la pendaison, à la porte de son usine, de l’islamiste modéré Anwar.

Pendant ce temps, on essaie de décrédibiliser l’inspecteur Akanbai dans les locaux mêmes du commissariat. Alors que le commissaire divisionnaire Shakespeare, alias Le Poète (ce qui prouve le bon goût des policiers, Shakespeare étant connu surtout pour ses tragédies…), tente de la protéger, le Crusader, le journal local, semble particulièrement bien informé des avancées de l’enquête menée par Mo et la détruit de manière efficace. Elle doit subir l’ire des populations dont elle s’est évertuée à gagner la confiance au cours de longues séances de sensibilisation.

Et puis c’est le premier coup de théâtre. Il y a une enquête dans l’enquête et Mo se retrouve sur la sellette. Un des enquêteurs n’est autre que son ancien petit ami, Paresh. Il la croit innocente mais ne peut pas faire autrement. Nos deux protagonistes n’arrivent plus à communiquer. Cela devient gênant d’autant que si leur rupture est consommée, Mo est enceinte de Paresh. La situation s’aggrave quand un individu masqué tente à plusieurs reprises de tuer Mo. Personne ne semble la croire au moment le plus important. Paresh meurt dans sa maison, Mo est accusée et n’a d’autre refuge que la fuite pour tenter de découvrir le fin mot de cette histoire et faire échouer la tentative d’attentat.

Ce qui surprend avant tout dans ce roman, c’est la capacité de Rod Duncan à tenir le lecteur en haleine pendant ces 350 pages. Le suspense est haletant au possible alors que l’on est en présence d’un premier roman écrit par un homme au foyer gallois. On a l’impression, avec Mo Akanbai, d’être en présence d’un professeur Kimble (le héros de la série américaine Le Fugitif, rôle repris au cinéma par Harrison Ford) au féminin. Alors qu’elle est acculée et que tout semble la confondre, elle décide d’agir toute seule. Bien sûr, elle trouvera des alliés de fortune dont certains se sacrifieront pour elle, qui l’aideront dans la vaste tâche qu’elle a entreprise. Le final sera digne d’un western spaghetti à la Sergio Leone. Mo n’a pas la carrure d’une Claudia Cardinale mais elle est plus sympathique et plus chaleureuse qu’une héroïne de Patricia Cornwell.

La trame, reposant sur le thème du héros que personne ne croit et qui est contraint d’enquêter lui-même autant que sur les délais sérrés dans lesquels doit être menée l’enquête, un attentat étant prévu, reste banale. Mais ça fonctionne très bien. Duncan tisse sa toile avec la régularité d’un métronome. On ne peut pas parler de maestria, le terme serait trop fort, mais l’univers de Duncan est captivant – sans être génial cependant. Ses personnages sont bien dépeints et prennent corps facilement. C’est le principal.

L’ensemble constitue un bon roman policier sans prétention aucune, qui se lit agréablement. Ce n’est pas le livre de l’année, encore moins celui de la décennie mais cela demeure un livre rafraîchissant qui se lit d’une traite.

julien védrenne

   
 

Rod Duncan, Couleur interdite (trad. de l’anglais par Alexandra Lefebvre), Liana Levi, 2004, 349 p. – 18,00 €.

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