Ludovic Janvier, Apparitions

Ludovic Janvier, Apparitions

Entre Cingria et Sydney Bechet

Apparitions  fait suite aux trois volumes de Brèves d’amour déjà parus (Gallimard, 1993, 1996, 2002). Entre nouvelle et soliloque, ces 68 textes sont autant de voix à la dérive entre sarcasme et lyrisme. Boxeuse, enfant fugueur, romancière mystique et qui brûle dans la recherche de la vérité, faux confesseur, faux ami mais vrai nécrophage créent le sel et le salace d’un texte qui bat la campagne.
Cultivant pour son lecteur le goût de la surprise, celui qui est mort au début de l’année fut le « bâtard du siècle » selon l’expression de son ami Samuel Beckett. Il n’avait ni le talent, ni l’attention aux autres, mais son œuvre reste pleine de charme. Et d’humour. Comment selon lui connaître Beethoven et ne pas trouver Chopin « moulant », sans faire appel aux vieilles biques et au biquettes ?

Ludovic Janvier fit plus : il baptisa Ondine (aux bougies) une grenouille et hérita d’un perroquet dyslexique (« Fous le mont Pirabeau », massacrait-il). A ce titre, il ne peut être jeté aux oubliettes. Petit maître sans doute mais que les mélomanes de la langue apprécieront comme lui même appréciait le trop oublié Paul-Jean Toulet.
A ses lecteurs des jours d’« après », Janvier demandait : « chaque fois que vous prononcerez mon nom, je vous demande de sourire. Ce sera votre cimetière à vous, en moins triste et plus intime.» Respectons le vœu de celui qui, avant d’être étendu définitivement pour son dernier sommeil, s’installait pour écrire « dans une position de lecteur couché, sur le dos, tout écoute et les yeux fermés ». Il savait laisser vagabonder son langage et si l’oeuvre n’est pas du Beckett, elle reste de la belle littérature. Elle se lit sans peine comme, selon l’auteur, se cultive la tendresse pour les chèvres à barbichettes, Mozart, Dario Moreno et les gardiennes d’immeubles.

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jean-paul gavard-perret

Ludovic Janvier, Apparitions, coll. Blanche, 2016, 288 p. – 20, 00 €.

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