Liliane Giraudon, Pot pourri
Mais l’i met l’o
Sans pathos, juste avec le symbolisme de l’élan vital et sans jamais faire pleurer Margot, Liliane Giraudon dit adieu à la petite fille en elle et veut toujours savoir comment les choses fonctionnent. Aussi bien les étoiles que le corps. D’où son intérêt pour les particules élémentaires et leurs articulations. Le titre Pot pourri, malgré son acception, s’apparente à la lie, ce qui s’agrippe au genre de la poésie et sans le moindre doute possible. Toutes les sections du livre touchent directement au poème. Et l’auteure de nous aider : « C’est quoi la poésie ? On la fait avec quoi en dehors des mots ? Ça vient d’où ? Ça traverse quel corps ? Avec des retouches, des morceaux de poèmes morts, des laissés pour compte. » Mais dans ce livre, la curiosité vis-à-vis de ce qui est érotique et sexuel n’enlève rien à l’intellectualisme et mécanisme d’attraction er d’imagination.
Ce texte est avant tout un travail de découvrement, d’investigation contre l’ignorance et la superstition. Chez Liliane Giraudon, la poésie est donc connaissance sans parler de sublimation, qui ne reste souvent qu’ une habileté. L’auteure ne manque ni d’arrogance, ni d’ambition. Elle s’affirme indépendante er affranchie. D’un côté la sans peur, de l’autre la coupable qui tremble. Sans doute elle se sent très bien comme ça. D’autant qu’elle sait ce qu’elle vaut : raisonnable , intelligente et “dérangée” (ce qui la rend plus riche). N’est-ce pas tout compte fait la meilleure définition de la poésie ?
Ce qui est important pour une telle auteure n’est pas l’origine de la motivation de son travail mais la façon dont elle est parvenue à vivre avec. Les deux sont inséparables. Sa tâche reste de se concentrer son travail par tissage d’une toile afin d’accéder à son œuvre. Elle sait jusqu’où, à travers elle, on peut aller. Son travail reste guidé par une seule limite : ne pas se déposséder. Passer – au besoin – à côté de la vie mais pas à côté à côté du sujet. C’est prétentieux sans doute mais elle le sait parce qu’elle est modelée par ce qui lui résiste mais aussi par ce à quoi également elle résiste. C’est en outre le moyen d’assurer sa seule vocation là où l’essentiel la guide.
jean-paul gavard-perret
Liliane Giraudon, Pot pourri, P.O.L éditeur, 2025, 152 p. – 20,00 €/
A noter : Le Centre international de poésie Marseille (Cipm) organise une grande exposition à Liliane Giraudon à partir du 20 septembre 2025.