Les dits

Les dits

A mon corps (défendant ?) je me surprends à espérer, à craindre- à la limite de ces deux mots, et en évitant le pathos. Ne reste qu’à penser comme le vieux Sam mon unique maître, mains vides et bouche morte. Je salue son corps mutique qui croupit dans la bouillie du silence. Et je vais faire comme lui : mourir fautif afin de me rassurer.
Souvent je me tais car ceux qui parlent ignorent que l’inconscient n’est qu’une peau fuyante. De leurs arguties coule leur fiel entre leurs dents. Les miennes espèrent demeurer des dompteurs buccaux. Ils serrent la corde de mots ou les renvoient dans l’ombre de mon existence. Parfois, ils scandent mes vagues certitudes pour mieux les brouiller. Leur élucubration ressemble à une allée de prunus.

Certes, pour aller jusque là, il faudrait passer par les rues éphores mais je n’en ai ni le goût ni bien sûr la possibilité. Mes mots savent qu’ils ne sauront jamais tout de moi et aucun vraiment n’existe pour moi. Je sais qu’ils trichent cartes en mains. Mon corps n’est plus celui qui parle et pense mais celui qui se rompt et qu’exècre mes juges qui disent merde à tous les Spinoza de la Terre.
Sachant que c’est aux purs esprits de croire et comprendre. Loin d’eux, je me tais. Leurs silhouettes n’affleurent même plus. Je me souviens juste de Marie. Elle a ouvert les plages. Elle me fit atteindre l’océan de mes pensées inconscientes : je m’y suis abandonné. J’ai plongé en elle puis je me suis séché. Elle m’a laissé derrière elle. Loin.

Photo : Paddy Summerfield

Laisser un commentaire