Emiliano Cribari, Errante
Discours aux « animaux »
Souvenons-nous que si le mot « Errant » est d’abord participe présent, celui-ci fut dévoué au passé
et participa au registre du divin. Ici, les photographies évoquent les déracinés, ceux qui marchent parmi les montagnes sauvages de l’Apennin.
À la recherche assoiffée de traces et de silences, de tels marginaux sont montrés imprégnés de lumière face à leurs gouffres terrestres. La force des images du photographe crée des enchevêtrements de doutes et de questions.
Parfois, des réponses confiées à la terre jaillissent de l’émerveillement primordial du regard. Les clichés en noirs et blancs Emiliano, photographies de temps enfouis , documentent depuis des années une Italie solitaire et tremblante, injustement marginalisée, étouffée par l’abandon et la nostalgie.
Errant devient un journal de voyage, joyeusement tâché par la boue de milliers de kilomètres à pied, de rencontres et de suggestions. Un hommage à ce qui est caché, à ce qui est tu, voire à l’urgence incontrôlable de redevenir animaux, comme dit Valère Novarina.
jean-paul gavard-perret
Emiliano Cribari, Errante, Editioni Emuse, 2025, 120 p. – 17,00 €.