Les Carnets du Rond-Point

Les Carnets du Rond-Point

Une revue consacrée aux pièces se jouant au Théâtre du Rond-Point. Un beau format pour des carnets qui laissent rêveur.

Une revue – ou des carnets, le terme semble plus fidèle – affiliée à un théâtre, c’est l’occasion de faire des tas de choses, esthétiques ou commerciales. Ici, numéros spéciaux, ces carnets font une tribune, une belle tribune à portée esthétique. Dès l’abord le format est agréable : une enveloppe cartonnée d’une couleur crème lui donnant un air d’objet précieux, de carnet de voyage, de chose respectable ; un design typographique qui joue, lui, sur une plastique plus dynamique, cool avec ses caractères bombés et alléatoires, ses couleurs fluos ; lorsqu’on la retourne , on constate l’absence de quatrième de couverture : cette revue est un sphinx, à double entrée, pour le numéro 5 : Musée haut Musée bas de Jean-Michel Ribes côté face, Pippo Delbono, côté face.

Un objet ravissant donc d’entrée, et dont le charme opère lorsqu’on la feuillette : des photos multiples, saisissant avec art des images d’art, des extraits de mise en scène, et la matière même confère un grain mat à l’image qui s’allie au tact pour continuer de conférer une impression d’objet vénérable – toujours avec des images de notre temps : les photos insistent sur les contrastes, les mouvements, et les pièces évoquées semblent toniques.
Passé le premier contact, lorsqu’on pénètre vraiment dans la revue, on découvre quelque chose qui peut être précieux pour ceux qui ont goûté les pièces – ou en ont l’impatience : un entretien intelligent sur l’esthétique du dramaturge ; puis un questionnement thématique sur une double page qui décode des éléments plus intimes à l’oeuvre qui se joue et à l’auteur, questionnement qui jongle entre le portrait chinois et la poétique de l’imaginaire où l’on explore les associations d’image du rêveur ; enfin, une série de belles photos, recherchées, accompagnées de bulles où l’on devine parler l’artiste, qui – peut-être invité à cela par le format, ou est-ce son style ? – évoque de manière concise et suggestive sa poétique, son style, sa vision du théâtre, ses difficultés et aventures de mise en scène, en lien avec l’image.
Finalement, on découvre une grande liberté chez l’artiste invité à s’explorer, se présenter, se commenter.

Notons que nous présentons un numéro spécial consacré exclusivement à deux personnages, et que les autres numéros développent davantage d’éléments, de rencontres, d’interviews… auprès de multiples dramaturges et metteurs en scène.

Au total, un objet recherché pour ce numéro spécial, sobre et vivant à la fois, économe en discours mais pas avare pour autant : des paroles profondes se succèdent, qui font peut-être tant se chanter la scène que le texte, par le biais de photos précieuses et mises en valeur par le format et support, et par là une revue peut-être d’autant plus théâtrale. Une belle invite au théâtre.

Pour en savoir plus, visitez le site du Théâtre du Rond-Point.

samuel vigier

Les Carnets du Rond-Point, éditions de l’Amandier, 8,00 €.

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