L’épi curieux
(Machin panzé)
Débarbouillé de tout sentiment de culpabilité, écrire c’est habiter le lieu à l’abri des jugements. C’est chatouiller en diablotin angélique l’appréciation des « humains suffrages » (Rimbaud). J’y consacre mes efforts d’indécence, oubliant honte, remords et repentir. Je n’y réussis qu’assez peu souvent – mon ratage restant à l’horizon -, mais en termes obscènes parfois pompiers ou kitsch, je demeure constant selon mes émotions de sale gosse plus que de névrotique.
Certes, je devrais chercher – loin du stupre et de la fornication – illuminations et enluminures. Mais mon insuffisance de la littérature est notoire : comment sortir de l’obsession charnelle où chacun se jette à corps perdu ? Exalté du sexe – et si possible de ses obsédées -, je fais mine de changer le mal en bien. Suis-je sadique, provocateur ou farceur ? Mais le sujet reste l’objet (ou l’inverse) de mon désir d’écriture quasi exclusive sans craindre l’enfer du jugement ! plutôt jouir de mes échappées traitées en représentations adéquates. C’est pour moi faire de la littérature. Si je peux encore la pratiquer, je me contente toujours de plus.
jean-paul gavard-perret
Photo : Larry Fink