Leigh Ledare, Leigh Ledare & al.

Leigh Ledare, Leigh Ledare & al.

Leigh Ledare et les images-« mères »

Les photos de Leigh Ledare possèdent un contenu ouvertement sexuel. L’artiste est célèbre pour les clichés de sa propre mère prises dans des positions subjectives. Certes, l’œuvre ne se résume pas à cela. Mais montages, collages, portraits travaillent la même interrogation visant à porter en un « supremus » l’habituelle scène érotique et/ou pornographique dans un irrespect radical.
En ce sens, l’omniprésence de la mère (l’artiste Tina Peterson) n’est pas anecdotique. Reprenant une problématique à la Molinier, les « prises » voyeuristes de la génitrice – non seulement consentante mais demandeuse – sentent le souffre en un travail (« Pretend You’re Actually Alive ») qui « couvre » une période de 8 ans. On voit Tina prenant du plaisir seule ou accompagnée. Les photos sont accompagnées des notes tapées à la machine à écrire ou manuscrites, des pages de magazines qui encadrent le propos du créateur.

Le face à face reste passionnant puisqu’il frôle une sorte d’inceste. Celle qui représente la maternité s’offre totalement devant son fils à des inconnus trouvés sur des magazines de petites annonces. Si le nu est dominant, la crudité est souvent évacuée au profit d’émotions touchantes. Leigh Ledare néanmoins cherche à cultiver le malaise même si le voyeurisme laisse place à une analyse des relations entre les êtres.
L’ex-femme de l’artiste (Meghan) pose également sur de multiples photographies qui forment le projet Double Bind. Dans cette série, Leigh Ledare a passé trois jours dans la forêt en compagnie de son ex-épouse à la photographier, puis il a demandé au nouveau mari (Adam) de celle-ci le même travail. Sur les clichés, au contour noir pour celles prises par Leigh Ledare et blanc pour celles de Adam Fedderly, l’épouse et ex-épouse apparaît tantôt parfois aimante parfois effrontée.
Là encore, il s’agit de témoigner des relations entre les êtres – leitmotiv de son œuvre. Pour Personnal Commissions (2008), il répondit à des annonces de femmes au foyer recherchant des relations sexuelles tarifées et auxquelles il demanda de le prendre en photo. Larry Clark n’est pas loin.

Pour Collector’s Commissions, l’artiste demande à des collectionneurs de le photographier, au milieu d’objets de leur choix. Le photographe apparaît alors dans les mêmes positions que celles dans lesquelles sa mère apparaissait. Ajoutons que le photographe modifie le regard des interventions « intempestives » sur ses photos originales : il a d’ailleurs fait scandale en proposant à une fillette de 5 ans de griffonner une photo où la mère prend la pause de « L’Origine du monde » de Courbet. Ce qui lui attira certains ennuis. La morale mettant son nez là où pourtant elle n’a rien à y faire.

jean-paul gavard-perret

Leigh Ledare, Leigh Ledare & al., WIELS Contemporary Art Centre, Brussels, and Mousse, Milan, 2012, 144 p. – 35, 00 € .

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