Le veuf Coup d’air

Le veuf Coup d’air

Parfois, Papy, je me demande bien où il est. Même si arriver chez lui, c’est une fête. Il me laisse regarder la télévision et sort des provisions de bonbons. Il ne les trouve plus. Je me charge, en gourmande inspectrice, de les découvrir au milieu de piles de ses chemises ou pulls.

Il n’a vraiment plus toute sa tête, oublie de marcher et tombe aussi sec. J’ai peur. Et lorsqu’on lui demande son adresse, il donne celle où il habitait gamin au faubourg. Papy fait les choses de travers et moins vite qu’avant. Il n’a pas trop de rides mais il est si vieux que sa mémoire fonctionne mal. Cela l’énerve et il a parfois un de ses yeux tout triste et l’autre, il ne veut pas qu’il pleure Quand il fait semblant, c’est juste pour me faire rire.

Papy écoute maman et lui obéit. Je ne sais pas si elle l’entendait quand son père lui parlait. C’était peut-être des choses heureuses pour elle. Moi aussi j’y penserai quand je serai plus vielle. Papy me dit tout le temps que je suis dans son cœur car c’est plus important pour lui que manger, boire, dormir. Il a toujours le temps de m’écouter et ne raconte parfois qu’il faisait des bêtises à l’école.

Nous en rions à la fin de journée, assis sur les deux chaises de sa petite cuisine. La lumière baisse. Nous disparaissons dans l’ombre jusqu’à ce que Papy rallume. Il me dit que nous sommes deux grenouilles dans une mare quand le soir arrive.

Photo de Sabrina Bambou

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