Raphaël Dargent, Philippe Egalité

Raphaël Dargent, Philippe Egalité

La Révolution dévore ses enfants, on le sait. Alors, quel autre sort que la mort peut-elle réserver à ceux qui l’ont accompagnée, voire soutenue, alors qu’ils appartenaient au monde qu’elle éliminait ? La réponse se trouve dans le sort tragique qu’elle infligea au cousin de Louis XVI, le célèbre Philippe Egalité, duc d’Orléans.

L’homme n’a pas bonne presse du fait d’une part de sa vie dissolue, et d’autre part de ses supposées manœuvres contre le trône au début de la Révolution, de ses ambitions secrètes de ceindre la couronne, de sa trahison ultime lors du vote conduisant Louis XVI à la guillotine. Ainsi fallait-il un travail aussi rigoureux qu’honnête, sans aucun parti pris, pour mieux le comprendre. Pour en fait décrypter une personnalité complexe, et enveloppée encore aujourd’hui d’un certain mystère faute de sources probantes. Nous disposons désormais de la belle biographie écrite par Raphaël Dargent qui apporte des éléments capitaux.

On saisit à la lecture de ce dense travail toutes les facettes de Philippe Egalité. Issu de la race des Orléans, il hérite de la formidable fortune de sa famille mais aussi de la méfiance atavique de la branche aînée. Un cadet donc, si près du trône en cas de défaillance des Bourbons, mais toujours éloigné du pouvoir. Il fut pleinement un Orléans, entre débauche et libéralisme. Et sans doute avec sincérité puisque le modèle anglais exerça sur lui une attraction très forte. Ce système parlementaire qui encadrait la monarchie, et qui avait, un siècle plus tôt, chassé le roi absolutiste pour un autre membre de sa famille, plus accommodant avec le Parlement. Il y avait en effet de quoi le faire rêver…

Avait-il des convictions? Oui, très certainement. Des ambitions? A n’en pas douter, pour lui et surtout pour son fils Louis-Philippe qui, en 1830, réaliserait l’ambition orléaniste nourrie depuis Gaston, le frère de Louis XIII. Des intérêts financiers à défendre? Il n’en manquait pas. Des humiliations ? Il en subit de nombreuses de la part du couple royal et de la Cour, et sans nul doute, en nourrit-il une rancœur remplie de désir de vengeance.

Tout cela ne pouvait que le conduire dans le soutien à la Révolution. Et l’auteur décèle un « moment Orléans », entre juin et octobre 1789, dont il ne sut toutefois pas profiter. Car c’est là le drame de cet homme ambitieux mais faible. Un piètre politique en somme. Cette très honnête – et prudente quand cela s’impose – biographie ne cache rien des petitesses du citoyen Egalité, lequel n’en sort pas grandi. Mais pouvait-il en être autrement ? Sa mort chrétienne, portée par un sens sincère de pardon, lui fit honneur. Il était temps.

Raphaël Dargent, Philippe Egalité. Le prince de la Révolution, janvier 2025, 528 p.- 25,90€.

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