Richard Meier, La voix qui regarde (exposition)

Richard Meier, La voix qui regarde (exposition)

Tel l’homme au revolver, Richard Meier pointe les signes noirs dans le blanc ou dans les couleurs des pages de leporello ou de livres. C’est comme des papillons qui volent. D’un tel tireur d’élytres, ses mots rament et brûlent. Il ne peut plier sachant que la parole laisse des traces du poète en danger. Soyons cependant généreux de son las saut. La seule règle tient en un mot : « Parlez ». C’est pourquoi, une fois de plus et pour le sauver, la parole s’encastre sur le papier et permet beaucoup d’avant C. Comme Beckett, il le prouve d’un « finalement assez ».

D’où – après une première exposition de ses éditions Voix à la médiathèque en 2006, témoignant de ses riches collaborations avec les artistes du territoire et ensuite une exposition en 2018 à l’hôtel Palms relatant son travail de recherche sur le leporello au travers de ses boîtes d’allumettes « de Job aux Firebox» -, cette exposition où le regard vibre et où la voix mate devient un nouvel hommage à l’originalité de tous les ouvrages des éditions du créateur souvent Dieu de paires et passes tout rôt.

Ici, Meier se transforme en aventurier, explorateur d’une nouvelle bibliothèque de Babel. Car pour multiplier ce capharnaüm gnostique et architectural, il invente les mots des autres et les siens aux chœurs de graphismes qui s’imposent dans ses sacristies de sapristi , soit le nombre quasi indéfini de ses publications. Elles passent de la presse, à l’offset au numérique, de la poésie visuelle à l’écrit et ce, en 46 ans d’édition.
Existent près de 600 livres qui sont ravis par les écrivains et artistes qu’il soutient. Par son entremise de souverain ponce If, ils cherchent toujours quelque chose comme des molécules ou des hormones en lieu et grâce du leporello au format idéal. Ils ne pourraient donc dire face à une telle pointure : « chaussure à mon pied, au cul ».

D’autant que pour Meier – fabricant et inventeur -, la poésie est une question de terrain, autant de papier que d’éther vague en support, et surfaces loin les coques en stuc où bien des écrivains sont en stock âgés. Mais grâce à et pour celui qui restera toujours multiple et un, cette exposition moins de bric et de broc devient un brick et de broches là où chaque oeuvre brouille les lignes pour les faire bouillir. Chaud devant ! Sam suffit, aurait ajouté Beckett.

Richard Meier, La voix qui regarde, Médiathèque de Perpignan, de 8 mars au 8 mai 2025.

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