Laurence Skivée, Détentrice
Indépendance et création
Laurence Skivée vit parfois éloignée de toutes références connues sinon celles des dunes de Belgique. Elles évoquent d’ailleurs pour elle moins une forme de leur appartenance au règne des choses qu’une licorne dans ce récit de chair soufflé comme un chant du corps déterminé, une mémoire tourné vers le ciel.
Détentrice des mots de notre tribu, l’auteure devient une fille plus que mère puisque aucun « père-entité » n’existe plus. Elle est accoucheuse de mots de sage femmes. Ils sont fraternels là où Laurence Skivée erre encore dans le sensible de sa solitude où elle s’enfonce dans les souples remous de sa mesure et de la force constante de la mer près d’Ostende.
Son livre est un cri sobre, minimaliste. L’auteure poursuit son travail de fouille intérieure A partir des coupures, des errances, là où la mer roule sa propre écume lexicale d’où jaillissent les mouvements de l’inconscient, là où chez elle sa propre enfance est prégnante.
Les mots sont ici tout sauf vide-greniers, bric-à-brac, brocantes, et en eux leurs désirs n’ont plus usage (leur délestage est recommandé). Dès lors, dans ce livre émergent un défi et une aventure. La créatrice tourne sur elle-même et crée des autres coupes à la lumière des jours pour que sa part à soi soit.
C’est comme un murmure pour aller plus loin avec la poète. Elle délègue notre propre plan de rues (entendons de vie). Avec ciel fondu sur un port bleuâtre pour toujours premier matin du monde. Ici, la parole n’est plus un doute car son auteure la possède. Le silence, lui, est un doute. Nous existons entre les deux.
jean-paul gavard-perret
Laurence Skivée, Détentrice, Préface de Véronique Bergen, Collection « Lettres », La Lettre Volée, 2025, Belgique, 104 p. – 17,00 €.