Béatrice Englert & Jean-Pierre Chambon, Le visage inconnu
Apparitions
Aux têtes peintes en bleu de Béatrice Englert, Jean-Pierre Chambon accorde une identification à de tels fantômes, entre décalques transparents et tamisés . Ces « ersatz d’humanité, ces «ectoplasmes fantasmatiques » sont déplacés au-delà de leur pans de couleur bleu et lignes intimes en une écriture d’érosion qui alimente une possible psyché .
L’inconnu est remodelé là où deux instruments (langue et image) deviennent la couseuse d’un passé empiété, là où tout était possible, y compris l’extase, pourvu « que l’on eut quelque règle et un compas dans l’oeil ». Mais restent néanmoins des spectres en esquisses
L’auteur passe de l’aveuglement à l’écarquillement, évaluant ce qui n’est pas encore évident dans les ions et couleurs. L’ombre bleue qui plane demeure une ombre par la grâce de l’écriture. Elle vit plus, avec au besoin diverses hypothèses. Si bien que la poésie devient une épreuve de formation face aux peintures. Mais sans pour autant trahir véritablement des secrets
En une telle structure, le livre serpente peut-être dans le plus injuste des pouvoirs : celui de la mémoire qui désagrège. Au sein d’ailleurs non des mouvements qui déplacent les montagnes mais les lignes intimes où les mots dis « misérables » ne font pas la moue. A leur manière ils hypostasient..
Le poète passe même son temps à aviser. Pour l’artiste, reste un homme (perdu ?). Que celui-ci le soit, ce n’est pas le problème. D’autant qu’un tel livre ne se soucie pas de morale ou de psychologie. Il évite l’artificialité, l’abstraction et l’animalité. Ce qui fait d’un tel visage et en soi une exception et une possibilité d’interprétation.
jean-paul gavard-perret
Béatrice Englert & Jean-Pierre Chambon, Le visage inconnu, Les Lieux Dits éditions, Strasbourg, 2025, non paginé – 20,00 €.