Jacques Darras, Je m’approche de la fin
Hypothèses
« Nous mourons, nous ne savons pas la suite. D’autant que la notion de « suite » relève encore de l’ordre du temps, donc de la vie. » Tel est selon l’auteur le pré-testament poétique qui penche ainsi sur l’existence et ce que le poète apprend pour la suite.
Ces connaissances ne sont pas des certitudes mais chacun plonge à sa manière dans le « domaine infiniment extensible du croire, des croyances – fictions, roman et mythe. » Darras les accueille, les interprète voire les partage en tant que signaux insistants mais étrangers. Le tout non sans confusion mais donne ses hypothèses vagues et ses postulations douteuses.
De la sorte, l’auteur peut même susciter des envies dans des cœurs innocents. Le tout est de se demander non ce qu’ils pensent mais ce qu’ils sentent bien que ce ne soit pas évident lors de l’après et son vertige. Ils devraient examiner leur psyché mais leur pensée n’est pas en eux : Darras prouve qu’elle devient celle des autres qui parfois se transforment en dogmes mais demeurent imprédictibles.
Et en scrutant leurs arcanes pour savoir si l’après sert à quelque chose et quelle en est sa valeur, ils ne répondent – pour la plupart – qu’en peu de sécurité. Toutefois, Jacques Darras, avec son « poème parlant pensant dansant », vient aider par prudence leur cause. Il parle haut et clair afin d’être entendu. Viennent ça et là de séduisants préludes et de délicates insertions. Mais aussi parfois des coups de masse en termes âpres, sévères. Tout compte fait, au-delà de la vie, il y a la broussaille du désert, « antique pénéplaine » s’étendant toujours au loin et mieux (si l’on peut dire) dans l’inconnu.
jean-paul gavard-perret
Jacques Darras, Je m’approche de la fin (poème parlant pensant dansant), Gallimard, collection Blanche, 2025, 138 p. – 17,00 €.