Christine Angot, La Nuit sur commande

Christine Angot, La Nuit sur commande

Depuis 2018, les éditions Stock proposent une collection-concept, dirigée par Alina Gurdiel : Ma nuit au musée. Un(e) auteur(e) choisit en France ou à l’étranger un lieu pour passer une nuit et produire un texte. Le dernier opus de la série revient à Christine Angot : La nuit sur commande. Cette dernière avait déjà investi un musée (Delacroix à Paris), en 2017, mettant ainsi des œuvres du peintre romantique en correspondance avec celles d’artistes divers contemporains.
En 2024, elle choisit la fondation Pinault à la Bourse du Commerce, à la fois par commodité, sans avoir à se déplacer, et pour « des raisons sociales ». En effet, ce lieu est un lieu de pouvoir économique et culturel. Il faut y être quand on est un artiste. On y joue sa réussite, sa notoriété.

Ce que Christine Angot entreprend avec ce texte, c’est d’abord de revenir sur ses pas depuis Châteauroux, sa ville natale pour dire sa relation particulière à l’art, à la peinture. Un petit musée de province comme point de départ esquivé.            
ChatGPT sur sa demande se lance dans un texte stéréotypé dans lequel la veine fantastique, celle qui anime les tableaux dans les ténèbres, devient incontournable. Angot suit d’autres chemins. Elle revient sur cette époque déjà lointaine, d’avant certaines institutions comme la fondation Vuitton, à travers des rencontres avec des gloires contemporaines. Les soirées « poulet-salade » de Sophie Calle et de son cercle Perrotin ; les dîners chez Catherine Millet et les repas mondains, caritatifs de Pierre Bergé sont autant de scènes presque proustiennes. Elle ne croisera que par hasard désormais Jean-Michel Othoniel dans les rues de la ville. Angot observe mais ne se sent pas appartenir à ce monde. Elle était là sans y être. Elle est un temps une « favorite » mais les amitiés, les relations se distendent.

Ce qui la frappe, c’est aussi cette distance entre cette société artistique qui est très argentée et la sienne. Les gains livresques n’ont rien de comparable avec ceux d’un tableau, d’une installation… La commande a marqué l’histoire des arts ; elle a été et est encore aujourd’hui, sous la forme du mécénat d’Etat ou entrepreneurial, un fondement du système politique et économique du marché. Elle relève intrinsèquement de l’ordre, de la contrainte. Faire-valoir du « patron ».
Ainsi Angot doit-elle se plier aux règlements de sécurité de la Bourse de Commerce ; respecter des horaires (entrée à 19h et sortie à 10h), coucher sur un lit de camp. Et puis la commande nocturne la ramène à celle de l’inceste paternel.

L’épisode même de la nuit au musée vient en fin de texte. Angot sera en compagnie de sa fille Eléonore, dédicataire par ailleurs du volume et surtout artiste, historienne de l’art.  En cela, Angot détourne le protocole initial et ne cherche pas à revenir aux œuvres présentes mais à ce moment suspendu durant lequel les deux femmes s’allongent, côte à côte, sur les lits de camp dédiés.
Angot a son ordinateur portable avec elle ; l’instrument de l’écriture. Elle feuillette le catalogue et le livre d’or de cette exposition de l’été 2024 mais il ne s’agit que d’anecdotes un peu vaines. Vers une heure du matin, il est temps de partir, de rentrer chez soi et d’écrire ce que l’on vient de lire. Le charme a été rompu.

Christine Angot, La Nuit sur commande, collection « Ma nuit au musée », Stock, 2025, 170 p. – 19,00 €.

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