Lamia Ziadé, Rue de Phénicie
De Paris à Beyrouth
Complété de 200 reproductions en quadrichromie de dessins originaux et de photographies de l’auteur, ce livre irradie par les mots et les images une déambulation lyrique dans un Beyrouth fantomatique et onirique qui s’achève là où un fameux bar n’existe pas. Cette évocation devient un livre d’artiste, mais aussi un livre intime et politique, et tout autant une sorte de roman photo, une mythologie, un ensemble de souvenirs mais proche de la science-fiction.
L’auteure habite dans cette rue emblématique qui devient le coeur d’une l’intrigue. Elle débute de nos jours dans un bar de Beyrouth chargé d’âmes brisées. La narratrice y rencontre un inconnu qui la pousse à partir à la recherche d’un bar légendaire « d’où viennent tous les maux du Liban et du monde ».
A partir de là, une quête s’engage dans la ville envahie dans le noir. Cela dure une nuit de surprise jusqu’à qu’à la dernière page du livre. Cette déambulation est coupée de flash-backs. La narratrice revient sur sa vie à Paris. D’où cette trajectoire d’une Libanaise en France qui est empreinte de de fascination, de désillusion et de révolte.
De fait, trente années de création artistique originale défilent avec passion. La narratrice passe de la découverte joyeuse de la vie parisienne noctambule, libertine, dans le milieu de l’art et de la mode à la prise de conscience de sa difficulté d’être Arabe en France et de l’incompréhension de l’Occident pour la tragédie palestinienne.
Les nuits blanches et frivoles, faites d’insouciance et de plaisirs, font place à la déception, à la colère face à la politique violente de l’Occident vis-à-vis des Arabes. Tout ici est vu vu entre anecdotes intimes et épisodes historiques de manière fantasque et fantastique là où l’histoire du Proche-Orient et de la Palestine est ponctuée dans la narration jusque dans l’évocation de films cultes. Ils cassent judicieusement le récit.
jean-paul gavard-perret
Lamia Ziadé, Rue de Phénicie, P.O.L, 2025, 392 p. – 34,00 €.